captain-fantasticDans une forêt reculée, Ben et Leslie élèvent leurs six enfants dans un mélange d’érudition, d’esprit critique et d’entraînement sportif en pleine nature. Mais Leslie, atteinte d’un grave trouble psychique, doit être hospitalisée, fragilisant l’équilibre familial…

Je ne dirai pas que le long-métrage de Matt Ross, vertement dénoncé par une partie de la critique mais adulé par les spectateurs (il a entre autres reçu le prix du public à Deauville) est un film intéressant. En effet, l’un des enseignements du film est qu’« intéressant » est un mot creux. Or ce Captain Fantastic est tout sauf creux.

Je suis d’ailleurs assez époustouflée qu’après plusieurs films magnifiques en cette rentrée 2016 (Divines, Le Fils de Jean…), arrive encore cette claque de près de deux heures, qui semble n’en faire qu’une tant nous sommes pris dès les premières images, magiques et effrayantes, dans l’histoire de cette famille pas comme les autres.

On a dit que Ben était un père courage qui aime sa femme et ses enfants à la folie (et cela dépasse ici la simple expression). On a dit aussi que son modèle éducatif était monstrueux d’orgueil et de dangerosité. Clairement, le film a le grand mérite de rouvrir l’infini débat sur l’éducation des enfants. De La République de Platon à L’Émile de Rousseau, et jusqu’à Noam Chomsky, glorifié dans le film tel un nouveau Messie,  de nombreux philosophes se sont penchés sur les questions de la transmission, de la formation et de l’esprit critique à insuffler aux enfants. Ben semble avoir retenu certaines leçons de son inspirateur : il élève ses enfants loin des médias et du modèle dominant, dans le goût de l’effort, physique et intellectuel, du dépassement de soi mais aussi de l’union familiale envers et contre tout. Bien sûr, son modèle éducatif est parfois irréfléchi, lorsqu’il met en danger les enfants ou ne leur permet que peu de contacts avec d’autres jeunes de leur âge. Aucun spectateur n’admettrait ce fonctionnement comme un exemple à généraliser. Car il y a quelque chose de terriblement aristocratique dans cette éducation, qui nécessite de disposer d’un vaste terrain forestier que tout le monde ne peut pas s’offrir, même en colonisant toutes les forêts de la planète. Les démonstrations de connaissance et d’intelligence de la petite Zaja (Shree Crooks), à la mémoire apparemment illimitée, sont une des preuves de la fierté que Ben tire de ses enfants, qu’il cherche à rendre supérieurs à la moyenne (par exemple à leurs cousins qui ignorent ce que sont les amendements de la Constitution américaine).

Ce qui est beau, dans le déploiement de cette démarche extrême, dont tout l’enjeu du film est la tentative de rationalisation en un mode de vie plus compatible avec la sécurité et l’ouverture aux autres, c’est la confiance absolue de Ben dans les capacités de ses enfants, mais aussi la relation extrêmement forte qui unit toute la famille. En dépit de quelques moments de doute, surtout de la part des garçons (Bo – George Mackay – confronté à la découverte des premiers émois, et Rellian – Nicholas Hamilton – qui considère que leur mode de vie a nui à leur mère), les enfants placent également leur amour et leur confiance en leur père. Et s’ils jugent les gens extérieurs selon leurs travers (l’étalage de richesse des grands-parents maternels par exemple), ils n’en restent pas moins ouverts à établir des relations de complicité avec eux.

Loin d’être simpliste (même si pas toujours réaliste), le film pose des questions pertinentes sur la façon d’élever des enfants aujourd’hui, et se garde bien de trancher de façon manichéenne les dilemmes. Viggo Mortensen confère à Ben une densité émotionnelle impressionnante qui, combinée au jeu à la fois frais et mature des jeunes interprètes, allume chez le spectateur toute une palette de sentiments et ébranle ses certitudes. Un film bien plus qu’intéressant.

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