parker-h-anatomie-dun-soldat.jpgTom Barnes, capitaine britannique, est envoyé au front au Moyen-Orient. Au cours d’une mission, il saute sur une mine bricolée et, gravement atteint, doit être rapatrié en Angleterre. Les médecins n’ont d’autre solution que de l’amputer des deux jambes…

La première fois que j’ai entendu parler de ce livre, j’étais fermement décidée à ne pas le lire, car j’avais peur de ne pas supporter son contenu. Alors que l’armée recrute et que nombre d’entre nous connaissent des gens désireux de s’engager, je craignais cette lecture immersive qui me donnerait une idée de la réalité de ce que risque un soldat.

Et puis j’ai changé d’avis, à la lecture d’un article de Livres Hebdo qui expliquait que ce livre était bel et bien un roman démontrant de réelles qualités littéraires. La curiosité et la volonté d’affronter la vérité, même si Harry Parker romance ici son histoire en se projetant dans le capitaine fictif Tom Barnes, m’ont poussée à n’inscrire que ce titre dans ma sélection Masse critique. Je dois donc remercier Babelio et Christian Bourgois éditeur de m’avoir permis de me plonger dans cette lecture.

Je ne peux pas vraiment dire que ce fut une expérience agréable : j’ai dû interrompre ma lecture à plusieurs reprises car le sujet était trop dur, le traitement trop cru ou l’émotion trop forte. Je crois que la dernière fois qu’un livre m’avait mis dans des états similaires, il s’agissait du Complexe d’Eden Bellwether. Moi qui affectionne particulièrement la littérature française, je dois reconnaître un immense talent à la jeune génération d’auteurs britanniques. Mais à la différence du roman de Benjamin Wood, celui d’Harry Parker s’inspire de faits réels, et produit donc un effet encore plus saisissant. Je préfère prévenir les âmes sensibles : on ne ressort pas indemne de cette lecture.

Pourtant, l’auteur a bien pris soin de ne pas tomber dans le pathos en adoptant une stratégie aussi habile qu’admirable : celle de donner la parole à quarante-cinq objets qui racontent tour à tour des moments-clés de l’histoire de Tom, au camp militaire avant le drame puis durant sa rééducation, mais retracent aussi le parcours des insurgés qui ont posé la bombe responsable de l’explosion. Si ce traitement nous plonge au plus près des faits, au cœur de l’action, de façon parfois assez cinématographique, il permet aussi de déconstruire l’ordre des événements en constituant une sorte de puzzle dont les pièces s’assemblent peu à peu. Une façon pour l’auteur de ne pas livrer une vérité univoque mais plutôt de rendre compte de la difficulté pour un être humain de se positionner dans un conflit qui le dépasse. J’ai été frappée par la capacité d’empathie de Tom, qui ne semble pas en vouloir à ceux qui ont causé son amputation, mais aussi par le recul de l’auteur qui parvient à se glisser dans la peau des insurgés, au point de faire ressortir les similitudes entre Tom et les jeunes combattants ennemis. Ce qui frappe le lecteur, c’est la futilité apparente de cette guerre qui ne semble apporter que des douleurs pour toutes les forces en présence et ne régler aucun problème, et, à travers cette situation dramatique, la fragilité des vies et des choix humains. Mais aussi, bien sûr, l’extraordinaire force de vie et capacité de résilience – pour employer un mot à la mode – d’un homme qui a dû accepter de se voir mourant, diminué, changé, pour reconstruire sa vie de manière différente. Le soldat Parker a disparu, au profit d’un écrivain de talent, qui a utilisé son expérience pour produire une œuvre romanesque puissante et bouleversante. On a envie de lui dire bravo, de lui souhaiter le meilleur…et de lire les prochains livres sur lesquels il est déjà en train de travailler.

babelio

 

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