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lesreglesdusageWendy, 13 ans, vit une adolescence ordinaire entre sa mère Janet, son beau-père Josh et son petit frère. Mais le 11 septembre 2001, sa mère ne rentre pas de son bureau dans les tours jumelles. Le père de Wendy débarque alors pour l’emmener en Californie… 

J’avais entendu parler de ce gros roman paru chez Philippe Rey grâce à l’agence Anne & Arnaud, que je remercie encore une fois pour leurs suggestions de lectures. C’est l’un des derniers ouvrages de la rentrée que j’ai reçus, c’est pourquoi il ne figure pas dans ma sélection du mois d’août, mais cela aurait été vraiment dommage de le manquer !

Je ne connaissais Joyce Maynard que de nom jusqu’ici, et n’étant pas très calée en littérature américaine, c’est surtout le résumé du roman qui m’a donné envie de le découvrir. J’y voyais un parallèle intéressant avec mon autre lecture américaine de rentrée, The Girls : deux trajectoires d’adolescentes bouleversées par des événements dramatiques, à des époques différentes

À vrai dire la comparaison vaut surtout pour la pertinence de l’analyse psychologique des jeunes filles dressée par les deux auteurs. Comme Evie, Wendy est une ado bien de son âge, avec un mélange de futilité et de préoccupations existentielles, et la plongée dans son intériorité nous renvoie à ce bouillonnement de sentiments caractéristique de cette période.

J’ai beaucoup aimé la façon dont Joyce Maynard donne vie à tous ses personnages, qui semblent réellement exister sous sa plume. Très variés, ils sont tous croqués avec beaucoup de spontanéité, de caractère et de justesse, du plus âgé (la grand-mère paternelle de Wendy) au plus jeune (son petit frère de quatre ans), en passant par le beau-père aimant et protecteur, la meilleure copine, le père négligent mais désireux de se racheter, le libraire perspicace…

Surtout, j’ai adoré le personnage de Janet, la mère de Wendy. Tous les moments de souvenirs qui permettent de reconstituer leur quotidien, d’abord avec le père de Wendy, puis toutes les deux et enfin avec la famille recomposée, la rendent terriblement vivante et attachante. Cette jeune femme passionnée et pétillante, qui a sacrifié sa passion pour offrir une vie équilibrée à son enfant, lui a également transmis le goût de la fête et des arts, et une soif de vie impossible à étancher. Évidemment, la disparition de Janet n’en est que plus révoltante et tragique, et aura de quoi serrer le cœur du lecteur à plusieurs reprises. On sent bien que le dicton selon lequel les meilleurs partent les premiers est absolument vrai dans le cas de cette femme qui avait tout pour elle.

Cependant, alors qu’on aurait pu s’attendre à un esprit chagrin et revanchard, jamais le texte ne cherche vraiment de coupable ni ne sombre dans la haine. Certes, Wendy a des sursauts de colère, comme son frère, mais elle est surtout mue par la volonté de surmonter le drame et de continuer à vivre comme elle peut. Son déracinement de New York et la découverte de la vie en Californie aux côtés de son père et de la compagne de celui-ci vont lui offrir l’occasion de mettre à distance sa peine et de faire preuve d’une grande maturité au travers des rencontres imprévues qui émaillent le parcours de sa reconstruction. On s’attache forcément à un caractère si positif et généreux en dépit des événements, car l’image de la fille-cactus, si elle révèle une grande force de caractère, ne renvoie aucunement à un danger. Qui s’y frotte ne s’y pique pas mais est atteint par la joie de vivre et l’amour qui émanent de la jeune fille.

J’ai pris beaucoup de plaisir pour ma part à cheminer aux côtés de Wendy au cours d’une année riche en bouleversements pour elle mais aussi en rencontres fondamentales. Séduite par le charme de ce texte fort et lumineux malgré un sujet grave, j’aurais même voulu rester plus longtemps au sein de la famille biscornue de la jeune fille, et savoir ce qu’il adviendrait de tous ces personnages sympathiques. Je crois que cette œuvre est ce qu’on pouvait faire de mieux sur la vie post-09/11.

 

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