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jevaismymettreFred, la quarantaine, est capable de grandes choses dans la vie, il en est sûr. Sauf que pour l’instant, il passe ses soirées à boire ses allocs en solitaire en attendant l’idée de génie qui fera de lui un homme convoité…

Il me tentait bien, ce premier roman publié chez Allary, présenté comme d’une drôlerie absolue. En effet, j’avais plutôt des livres sérieux sur des sujets délicats dans ma sélection de rentrée (la reconduite aux frontières, les sectes, le recouvrement de dettes, toutes ces joyeusetés de nos sociétés contemporaines). Je m’attendais donc à rire franchement des aventures de Fred, « de Paris à Malaga », et pourquoi pas un voyage picaresque façon Fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA ?

Sauf que, passé le premier chapitre qui plante le décor de la vie de ce type habitué aux petits larcins, aux après-midis devant la télé et aux résolutions sans lendemains, j’ai été assez surprise par l’écriture. Florent Oiseau fait raconter l’histoire par Fred, c’est pourquoi on n’entend qu’une seule voix dans le texte, celle de ce type pas méchant mais complètement ramolli qui se croit gentilhomme et traite une femme de pute après quelques verres. Donc Fred n’est pas seulement un gentil loser, c’est aussi un ivrogne que la vulgarité excite plus qu’autre chose. Malheureusement, moi, la vulgarité m’agace. Du coup, je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher au personnage. Pire, à part quelques scènes, le style m’a empêché de trouver l’histoire si drôle que prévue. Résultat, quelques sourires esquissés mais pas la franche rigolade annoncée.

Cela dit, ce portrait d’homme sans qualités n’est pas inintéressant. Car de hasard en coup de malchance, la vie de Fred se retrouve assez rythmée pour que le lecteur ait envie de savoir comment ses petites combines vont se terminer. De travail, il n’est en fait jamais question, ce que j’ai regretté car je m’attendais à voir le chômeur tenter de se réinsérer, or c’est du côté de l’illégalité que Fred va chercher à générer des revenus. Si le lecteur doit donc se résigner à l’absence de réelle critique du monde professionnel, il en est quitte pour une plongée dans les milieux interlopes, entre drogue, vols et prostitution. Un programme surprenant qui recèle une galerie de personnages secondaires sympathiques comme l’aide à domicile Marlène, ou moins sympathiques comme l’étudiante camée Cerise.

L’arrivée en Espagne donne un nouveau souffle au récit et permet d’espérer une fin positive au soleil, mais que le lecteur se méfie. Fred croit avoir plus d’un tour dans son sac mais le destin est plus joueur que lui… Après avoir refermé le livre, je me suis trouvée fort désappointée face au bandeau qui proclamait « merci pour ces belles tranches de rire ». Parce que, pour ma part, le récit m’a surtout paru amer, cynique et au final plutôt triste. Ce à quoi nous assistons, c’est le déclin d’un homme qui n’avait pas de raison d’échouer dans la vie, doté d’un physique avantageux (c’est lui qui le dit) et d’une bonne santé, et qui crée lui-même les conditions de sa chute. En dépit de quelques jolies phrases sur la simplicité des petits bonheurs de la vie, Fred aura surtout connu la galère et le vide existentiel, refusant de goûter aux chances qui s’offraient à lui. Quant aux personnages féminins, qu’ils soient écœurants ou pitoyables, ils offrent un panorama bien peu flatteur de la gent féminine.

Au final, si ce roman a su me tenir en haleine par ses rebondissements bien placés, il m’a laissé un sentiment assez morose, alors que j’en attendais quelque chose de plus caustique que glauque.

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