unpetitboulotAprès la fermeture de l’usine locale, Jacques perd tout. Acculé, il accepte un marché proposé par Gardot, spécialiste du poker clandestin : tuer la femme de celui-ci pour 20 000 euros…

Je n’avais pas vu l’Arnacoeur en 2010, ce n’est pourtant pas faute d’en avoir entendu le plus grand bien. Mais, même si je n’ai pas encore eu l’occasion d’en parler ici, j’ai découvert le premier long-métrage de Pascal Chaumeil il y a peu et, intriguée, j’ai trouvé dans la bande-annonce d’Un petit boulot matière à un film intéressant.

J’ignorais que le réalisateur, décédé en 2015, avait entre-temps sorti deux autres films. Mais puisqu’Un petit boulot restera sa dernière œuvre, j’ai décidé de lui rendre hommage en allant la découvrir en salle.

Très vite, le spectateur est plongé dans une ambiance particulière, celle des quartiers ouvriers comme on en trouve dans les villes minières, avec des corons, ces maisons roses toutes identiques. Un milieu où l’argent se fait rare et les soucis nombreux pour Jacques, qui perd en peu de temps son job, sa compagne qui le quitte, puis son téléviseur qu’il doit revendre. Pour l’occasion, Romain Duris s’est composé un look qui a de quoi effaroucher, avec grosse barbe et longs cheveux emmêlés. On saisit rapidement qu’il n’est cependant pas un mauvais bougre, juste un type qui n’a plus rien à perdre, et qui accepte finalement assez vite la proposition de Gardot. Celui-ci donne le ton d’échanges assez savoureux, campé par un Michel Blanc d’autant plus à l’aise qu’il a lui-même écrit le film, d’après un roman américain.

Voici Jacques propulsé tueur à gages, avec un mélange d’appréhension, de maladresse et de jubilation. L’ensemble du film repose sur cette imbrication des sentiments du personnage qui permet de passer en un clin d’œil d’un style à l’autre, du film de gangsters empli de suspens à la comédie cynique. Drôle, le film l’est certainement, mais plus à la manière d’un C’est arrivé près de chez vous que de L’Arnacoeur. Et tant mieux, même si je n’avais que modérément goûté le film belge, car ici j’ai trouvé que le dosage était bien pesé entre les moments de détente et ceux où le spectateur se raidit sur son siège, attendant une détonation fatale (qui ne viendra pas toujours).

Très en retrait, les personnages féminins n’apportent pas grand chose, même si Alice Belaïdi réussit à préserver jusqu’au bout une part d’ambiguïté. Parmi les rôles secondaires, j’ai regretté que le fantasque Charlie Dupont (vu dans Hard sur Canal +) ne soit pas plus exploité, tandis qu’Alex Lutz est lui plutôt bien choisi en salopard en costard.

Ce que j’ai le plus aimé, au fond, ce n’est pas tellement l’aspect comique, même si j’ai ri de bon cœur, ni même le suspens, qui perdure jusqu’à la dernière scène, mais bien la critique sociale à peine voilée derrière l’humour et la noirceur. La tirade de Jacques sur l’argent et les actionnaires est on ne peut plus juste, et semble à elle seule l’absoudre de ses actes, de même que le placement qu’il envisage pour son argent. C’est là que Pascal Chaumeil prouve qu’il a pris du galon depuis son premier film, dans la dénonciation et la provocation du spectateur, bien forcé de prendre parti pour un tueur et contre un système. Cette œuvre hybride et audacieuse est donc pour le cinéaste une jolie façon de tirer sa révérence.

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