lefilsdejeanMathieu, 33 ans, né de père inconnu, reçoit un appel téléphonique étrange. Pierre lui annonce qu’il était un ami de son père biologique, qui vient de décéder. Le jeune homme décide alors de se rendre au Canada pour rencontrer ses demi-frères…

Movie challenge 2016 : un film français

C’est pour moi un exercice très particulier d’évoquer le nouveau film de Philippe Lioret, mon cinéaste dramatique préféré. Auteur rare – son dernier film datait de 2011 – il nous offre toujours des films bouleversants, d’une extrême finesse psychologique. Après s’être attaqué à des sujets éminemment sensibles comme la difficulté à annoncer le décès d’un proche (Je vais bien, ne t’en fais pas), la condition des sans-papiers (Welcome) ou la maladie et le surendettement (Toutes nos envies), le réalisateur revient avec un film librement inspiré par un texte de Jean-Paul Dubois.

Un film qui, comme les précédents, possède une densité émotionnelle forte, et une couleur bien à lui, cette fois-ci liée aux magnifiques paysages canadiens et au choix d’un acteur jusqu’ici jamais dirigé par Lioret, Pierre Deladonchamps. Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas versé de larmes à la fin, ce qui m’incite à considérer ce long-métrage comme le plus optimiste de la filmographie récente du réalisateur. Pour autant j’ai été touchée par le parcours de Mathieu, dans son obstination à se reconstruire une famille.

Avec ce film, Philippe Lioret revient à une thématique très familiale, assez proche de Je vais bien, ne t’en fais pas : secrets de famille, héritage psychologique, difficulté à communiquer, deuil, tels sont les sujets communs à ces deux films. Mais ce qui m’a particulièrement frappée dans Le fils de Jean, et que je n’avais pas remarqué jusqu’ici, c’est le travail d’orfèvre qui régit les dialogues du film. Pierre Deladonchamps a raconté en interview que le réalisateur était exigeant « à la note près » et cela s’entend dans des répliques d’une grande justesse, comme de la dentelle de mots et d’émotions qui atteint avec force le spectateur. J’ai particulièrement eu ce sentiment lors de la scène où Mathieu fume une cigarette nocturne avec Bettina en comparant leurs parcours de vie.

Mais si les dialogues sont très forts, les regards sont encore plus parlants. Tous les acteurs transmettent une intensité hallucinante lorsqu’ils se considèrent en silence, et les rôles avec le moins de texte ne sont pas les moins importants à cet égard (je pense notamment à la prestation de Marie-Thérèse Fortin).

Et puis, comme toujours, on doit à Philippe Lioret une capacité inouïe à magnifier ses acteurs, non pas en leur donnant des rôles de héros, mais en révélant leur profondeur et leur humanité. Comme il a offert des rôles exigeants et sublimes à Mélanie Laurent, Kad Merad, Vincent Lindon ou Marie Gillain, le réalisateur compose ici de grands rôles pour Pierre Deladonchamps et Gabriel Arcand (le frère du réalisateur des Invasions barbares). L’occasion pour moi de découvrir toute une palette d’acteurs et d’actrices que je ne connaissais pas, mais aussi de retrouver Romane Portail, habituée des séries télé, dans un petit rôle au cinéma, car Philippe Lioret est aussi du genre à laisser à chacun sa chance quel que soit son parcours précédent.

Attendu depuis cinq ans, Le fils de Jean ne déçoit pas, remuant l’âme du spectateur comme tous les films de Philippe Lioret et révélant son lot de surprises, alors qu’on aurait pu s’attendre à une intrigue linéaire. C’est pourquoi je l’ai choisi pour la catégorie « film français » du Movie challenge, même s’il est franco-canadien, car qui mieux que Philippe Lioret pouvait incarner ce grand cinéma d’auteur français que j’aime, intelligent, social et sensible ?

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