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lezeppelinDans la ville de La Maison, il se passe de drôles de choses. Le lycée prend feu, les objets disparaissent rue Canard-Bouée, les habitants jettent tout ce qui leur est cher dans le canal… Un jour, la ville est même survolée par un énorme zeppelin.

Sans avoir terminé mes lectures de la rentrée littéraire, je pense déjà pouvoir affirmer que je tiens là le roman le plus étrange de ma sélection. Je n’avais encore rien lu de Fanny Chiarello, dont le dernier opus Dans son propre rôle avait pourtant connu un joli succès (prix Orange du livre 2015). Présentée comme « l’une des voix les plus singulières du jeune roman français », l’auteur l’est à tout le moins. Car j’avais rarement lu un livre aussi bizarre.

Après un chapitre de présentation qui dépeint une narratrice qui se serait jetée par la fenêtre après avoir écrit ce récit (on sent déjà qu’on n’a pas fini de se perdre entre le vrai et le faux), le livre raconte l’arrivée du zeppelin au-dessus de la ville fictive de La Maison, quelque part en France, mais bien futé qui saurait la placer plus précisément.

Les chapitres alternent entre le point de vue de la narratrice, fascinée par son amie Scarlett, celui des membres de l’équipage du zeppelin, et les trajectoires personnelles de douze habitants de La Maison, qui se croiseront parfois au fil du récit. Le tout dans une joyeuse cacophonie plus que dans un chant choral. Comme si l’auteur prenait un malin plaisir à faire croire à son lecteur que, peut-être, un peu de sens va surgir au détour d’une rencontre entre deux personnages, alors que tout ce qui initie un rapprochement se défile quelques lignes plus loin.

Tout va de travers dans cette ville bizarroïde qui n’est pas sans rappeler l’univers d’un Jean Teulé (j’ai plusieurs fois pensé au Magasin des suicides durant ma lecture). Comme chez lui, l’humour est souvent le revers de l’horreur, et la candeur peut cacher la monstruosité. J’ai aussi songé à La dictature des ronces de Guillaume Siaudeau : comme l’île inquiétante dont on ne peut pas repartir, la ville de La Maison semble tenir prisonniers ses habitants, hébétés par le poids des malédictions de la rue Canard-Bouée et de ses environs.

Malgré l’impression de capharnaüm entre tous ces personnages aux prénoms commençant par un S que l’on finit par confondre, on sent un certain sérieux dans la construction du livre, une profusion de détails sur le nom des rues, l’équipage du zeppelin, qui renforce le sentiment d’absurdité qui s’impose au lecteur. Faut-il chercher dans ce livre un sens parabolique ? Mais lequel ?

Si j’ai pris un certain plaisir à cette lecture étonnante, j’avoue en être sortie perplexe, me demandant si quelque chose m’avait échappé, si j’avais laissé passer un code, un sous-texte qui illuminerait l’œuvre d’une intelligence brillante. Ou alors si tout cela n’était qu’un petit jeu dont il était normal de rester un peu sonné, un peu bête, avec l’impression de n’avoir pas tout compris. S’il est vrai que « le beau est toujours bizarre », alors ce livre est beau, car il sort certainement des sentiers battus !

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