RosalieBlumVincent Machot, coiffeur trentenaire, s’ennuie entre sa mère tyrannique, son salon hérité de son père et sa copine qu’il n’a pas vue depuis des mois. En allant faire une course à l’épicerie, il rencontre Rosalie Blum. Persuadé de l’avoir déjà vue quelque part, il décide de la suivre…

Movie challenge 2016 : un film adapté d’un roman graphique ou d’un comic

N’étant pas du tout fan des comics en général, cette catégorie aurait pu constituer un problème pour moi, si elle n’avait pas comporté l’alternative roman graphique. Un genre qui me convient beaucoup mieux puisqu’il a déjà donné naissance à des adaptations telles que Tamara Drewe, un film que j’adore.

Me voici donc en quête d’une nouvelle pépite, lorsque l’annonce de la sortie DVD de Rosalie Blum croise mon chemin. Adapté des trois tomes de Camille Jourdy, ce film présenté comme feel-good, un genre que je supporte mieux au cinéma qu’en littérature, me tentait depuis plusieurs mois.

Pour un premier film en tant que réalisateur, le scénariste Julien Rappeneau (Pars vite et reviens tard, Faubourg 36…) a mis les petits plats dans les grands avec un film chapitré pas si facile à maîtriser. En effet, chacun des trois chapitres nous plonge dans la vie d’un des personnages principaux, adoptant son point de vue. Ce stratagème offre donc des retours en arrière qui nous font redécouvrir les mêmes scènes sous différents points de vue, ce que j’ai beaucoup apprécié. En effet, si cela ne fait pas énormément avancer l’action, il y a quelque chose de très plaisant dans le sentiment de compléter petit à petit un puzzle (d’ailleurs Rosalie dit les aimer), de réinterpréter les événements en leur ajoutant un nouveau sens. Globalement j’ai trouvé le montage malin, permettant de préserver un certain suspens et de se prendre au jeu.

On suit avec empathie les aventures et mésaventures du coiffeur un peu gauche incarné par un Kyan Khojandy tout à fait dans son élément. Ce personnage de doux rêveur solitaire lui va comme un gant, et c’est une fois de plus un plaisir de le retrouver au cinéma, après Lou et Nos futurs. D’ailleurs l’esthétique de Rosalie Blum n’est pas sans faire penser à Lou, avec ses frontières floues entre rêve et réalité, ses décors encombrés d’objets hétéroclites (le trophée de sanglier à lunettes, les poupées et marionnettes, les cerfs-volants…), ses couleurs acidulées (les confettis qui pleuvent dans les rêves de Vincent). Noémie Lvovsky, qu’on voit beaucoup dans des seconds rôles, tient ici le rôle-titre avec une pudeur touchante que je ne lui connaissais pas. J’ai beaucoup aimé le personnage qu’elle compose par petites touches, révélant un désespoir qui n’a d’égal que sa générosité envers sa nièce. Celle-ci est incarnée par la jeune Alice Isaaz, que je découvrais dans ce film mais dont j’avais déjà entendu parler. J’ai été surprise de sa fraîcheur de jeune fille toute simple, rejetant le milieu bourgeois et guindé de ses parents au profit de deux copines déjantées (mention spéciale à Sara Giraudeau, qui confirme la très bonne impression qu’elle m’avait fait dans Les Bêtises) et d’un colocataire extravagant (Philippe Rebbot).

Tendre et loufoque, mais pas dénuée de gravité, cette ode au rassemblement des solitudes est un joli premier film qui laisse présager d’autres réussites.

Publicités