LhommeirrationnelJill est une étudiante épanouie, en couple avec le sage Roy. Mais lorsqu’un nouveau professeur de philosophie arrive dans leur université, elle se laisse fasciner par ce personnage mystérieux et mélancolique. Mais qui est vraiment Abe Lucas ?  

J’avais entendu plus de mal que de bien de ce film, mais comme il est rare qu’un Woody Allen me déplaise vraiment (exception faite de Match Point), et que la philosophie joue un rôle important dans l’intrigue, j’étais curieuse de le voir.

J’ai tout de suite senti que le film avait un problème de rythme. En effet, l’intrigue m’a semblé vraiment longue au démarrage, ne commençant à évoluer vraiment qu’après environ une demi-heure d’exposition. Car le spectateur se doute bien dès les premiers instants de l’intérêt croissant que va éprouver Jill pour son professeur, et ne peut imaginer que celui-ci résiste éternellement au charme de la jeune femme. En attendant qu’il se passe quelque chose, Abe résume en quelques phrases (et sans trop de bêtises, je dois dire) la pensée de plusieurs philosophes sur la morale et l’existentialisme. Cela m’a plutôt amusée, car je me suis souvenue de mes propres études, mais je ne suis pas certaine que ces scènes de cours soient très palpitantes pour les spectateurs n’éprouvant pas un attrait profond pour la philosophie.

Cela dit, Emma Stone est absolument charmante dans sa candeur et son désir d’être à tout prix non-conformiste. Ce manque flagrant de maturité qui lui fait prononcer le mot « romantique » toutes les dix minutes et se jeter au cou de son prof bedonnant et dépressif la rend cela dit plus amusante qu’attachante, même si l’on peut se reconnaître dans ces traits de caractère (quelle jeune personne n’a fait aucun mauvais choix sentimental ?). Joaquin Phoenix ne tient sans doute pas là son rôle le plus avantageux : le grincheux et cynique Abe Lucas n’est pas vraiment sympathique, on se demande même comment il peut déchaîner les passions à ce point. Le couple qu’ils forment semble en tout cas bancal et destiné à ne pas durer.

Mais le film devient intéressant lorsque Jill et Abe surprennent une conversation entre des inconnus qui évoquent un divorce difficile dans lequel un juge partial doit se prononcer sur la garde des enfants. Soudain passionné par cette affaire comme il en existe des centaines et qui ne le regarde pas, Abe reprend tout à coup goût à la vie. Pour ne pas gâcher le plaisir de mes lecteurs – car les Woody Allen sont finalement un peu des films à suspens – je me garderai bien de dévoiler la suite de l’intrigue. Disons simplement que l’histoire prend un tour aussi inattendu que bienvenu. J’ai alors commencé à comprendre à quelle « famille » de films de Woody Allen se rattachait cet opus : quelque part entre Scoop et Le Rêve de Cassandre, L’Homme irrationnel s’attache à la question de l’acte gratuit, de l’opposition entre raison et intuition (ici sur les sujets moraux) et évoque l’importance du hasard et de la chance, thème récurrent du film. On voit à peu près où le cinéaste voulait en venir, toutefois j’ai trouvé que la démonstration manquait de brio et de précision.

Résultat, le film n’est pas déplaisant à suivre, et la fin est plutôt bien amenée, mais l’ensemble ne convainc pas totalement. Quitte à choisir un professeur de philosophie comme personnage central, la réflexion aurait pu être davantage approfondie, sans doute en démarrant l’intrigue de façon plus frontale. Un Woody Allen en demi-teinte donc, qui me confirme dans mon intuition que ce n’est pas cette veine qui réussit le mieux au cinéaste, qui excelle par ailleurs dans le romantisme mélancolique et la fantaisie.

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