tonierdmannWinfried Conradi adore faire des blagues. Au facteur, à ses amis, à sa fille Ines, absorbée dans son travail de conseillère en stratégie pétrolière et qui vient le voir trop peu souvent. Lorsqu’il lui rend visite à Bucarest, il désorganise peu à peu sa vie bien réglée… 

Faut-il se fier à son instinct cinématographique ? Lorsque j’avais entendu parler de ce film, pendant le festival de Cannes, je n’étais pas vraiment emballée par le scénario. J’ai ensuite vu la bande-annonce une première fois, la trouvant inintéressante, une deuxième – un peu bizarre, – une troisième – plutôt drôle en fait. Si je suis finalement allée voir Toni Erdmann, c’est en fait beaucoup moins par conviction, ni parce que la critique institutionnelle le portait aux nues, que parce qu’il souffrait de peu de concurrence (autrement dit, le programme cinématographique de ce mois d’août était d’une pauvreté affligeante, tous les films qui me tentent vraiment sortant groupés entre le 31 août et la première quinzaine de septembre). Mais canicule et temps libre conjugués m’ont conduite dans la salle obscure pour découvrir ce fameux Toni Erdmann.

À noter tout de même que j’ai plutôt un préjugé positif sur le cinéma allemand, notamment dans une veine socio-philosophique (Goodbye Lenin, Le ruban blanc, La vague…). Et finalement je ne me suis pas trompée, car c’est là-dessus que Toni Erdmann est à mes yeux le meilleur.

Mais bien sûr, ce qui frappe en premier au visionnage c’est l’humour potache du personnage principal, cet homme vieillissant qui refuse d’accepter les codes d’une société adulte et embarrasse son entourage sans vergogne avec ses accessoires de farces et attrapes. Certains moments sont vraiment amusants, et je n’ai pas boudé mon plaisir devant les facéties de Winfried, qui prend l’identité de Toni Erdmann, coach spécialisé dans « la vie », pour se rapprocher de sa fille. Cela dit, la frontière est mince entre le rire et la gêne, en témoigne la scène où Winfried pousse Ines à chanter devant toute une famille d’inconnus. La lenteur du film, Maren Ade prenant plaisir à laisser traîner en longueur chaque scène jusqu’à épuisement de son effet, se retourne contre lui, car ce qui pouvait déclencher le rire finit par lasser ou mettre mal à l’aise.

À mon sens, il y avait pourtant matière à un très bon film, mais malheureusement quelque chose ne fonctionne pas complètement. J’ai l’impression que les acteurs échouent à transmettre de l’émotion. Pourtant Peter Simonischek donne de sa personne, on ne peut rien lui reprocher. Mais j’ai eu beaucoup plus de mal avec Sandra Hüller, ou du moins avec la façon dont on lui a fait aborder ce rôle. En effet, Ines est juste détestable, dans sa façon de se comporter avec son entourage personnel et professionnel, dans sa froideur à toute épreuve, son manque d’intérêt pour sa famille et pour tout, en général. On dirait qu’elle n’a pas de cœur, et on comprend que son père finisse par lui demander si elle est humaine. En vain le spectateur attend une faille dans la carapace, un signe qu’il y aurait quelqu’un de vivant sous le masque, mais même lorsqu’Ines disjoncte, c’est avec raideur et sans emporter l’adhésion. Dommage, car l’arrivée de l’énorme yéti poilu aurait pu donner de très belles scènes mais l’émotion n’y est pas vraiment.

Ce qui ressort du film et qui l’empêche d’être raté, c’est son message, assez maladroitement formulé à la fin : une morale toute simple, invitant à jouir des instants de bonheur sans calcul, à prendre la vie avec envie et légèreté, à déjouer les règles d’une mécanique sociale destructrice de toute sincérité. Bien sûr, cette perspective anti-ambition professionnelle est d’actualité et a su me séduire, mais elle aurait mérité un traitement plus dense et plus émouvant.

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