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La_sainte_familleSuzanne et Thomas ont passé tous les étés de leur enfance dans la maison de leur arrière-grand-mère près d’un lac. Adulte, Suzanne retrace les souvenirs de ces vacances et se demande ce qui lui manque…

J’avais repéré parmi la rentrée littéraire de l’Olivier le roman de Florence Seyvos, également scénariste. Bien qu’un peu effarouchée par le titre qui promettait d’évoquer le sujet religieux, thème dont je ne suis pas friande, j’étais intriguée par ce récit de vacances et d’enfance qui promettait de n’être pas si solaire.

Pourtant, l’été y est, avec sa chaleur, son lac où il fait bon se rafraîchir ou pêcher l’écrevisse, l’ennui des journées qui s’étirent sans les parents et les devoirs, la crainte qui saisit les enfants la nuit dans des chambres inaccoutumées. Il y aurait presque, dans ces descriptions des lieux marquants de l’enfance, quelque chose des textes de Philippe Delerm : un attachement aux détails, aux objets et aux rituels, aux petits riens font l’atmosphère d’une bâtisse et signifient tellement sur les liens familiaux.

Mais là où l’auteur des Eaux troubles du mojito paraît toujours en quête du bonheur fugace et de l’émerveillement, le narrateur qui suit les pérégrinations de Suzanne et Thomas s’applique plutôt à instiller le malaise. Si Suzanne adulte songe avec nostalgie à la maison de vacances de son enfance, qu’elle a tant chérie et qu’il lui tardait à chaque fois de retrouver, on sent bien pourtant que quelque chose de malsain rôdait autour des enfants. Est-ce le calvaire de l’arrière-grand-mère agonisant seule dans sa chambre ? La perversité de l’oncle ou la violence de la mère ? La fausse complicité de la grand-mère ou la rigidité maladroite de la grand-tante ? L’hystérie morbide de la cousine ? Ou peut-être le grand tableau du salon, représentant l’espoir d’Ariane déroulant son fil jusqu’à Thésée.

C’est à travers le labyrinthe des souvenirs d’enfance que nous promène le narrateur, d’une époque à l’autre, mêlant sans trop de précisions temporelles les événements marquants aux habitudes, s’éloignant peu à peu de la maison pour évoquer aussi bien les instituteurs tortionnaires, les camaraderies d’école ou le divorce des parents.

Plus que dans la religion catholique même, dont il est pourtant question, l’éducation à laquelle furent soumis Suzanne et Thomas baigne dans une sorte de mysticisme familial, dont la maison au bord du lac serait le temple. Culte du secret, de l’autorité et de la manipulation, le dogme intime engendre une femme perturbée, Suzanne, capable de se jeter dans la Seine sans raison apparente et sans volonté suicidaire. Comme si elle s’était crue de retour au bord du lac… De temps à autre, la voix de Thomas, qui paraît plus posé et équilibré, vient apporter un contre-point intéressant au récit du narrateur, focalisé sur sa sœur.

Sans installer d’intrigue claire, Florence Seyvos tisse un portrait familial bizarre et dérangeant comme les rites d’une secte, faisant des enfants les victimes des adultes-gourous, et égratignant au passage tout un passé de violences domestiques et scolaires entérinées.

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