lodeurdelapapayeverteMui, dix ans, quitte sa famille pour devenir servante auprès d’une famille plus aisée. Elle découvre avec émerveillement un univers différent du sien et, curieuse de tout, s’interroge sur la famille qui l’emploie…

Movie challenge 2016 : un film dont le titre comporte une couleur 

Nombreux sont les films mentionnant une couleur dans leur titre, et pourtant j’ai eu du mal à en trouver un qui me fasse envie. Je me suis rabattue en désespoir de cause sur celui-ci, mise en appétit par la sortie prochaine d’Éternité, du même réalisateur.

Difficile pour moi de chroniquer ce film, pour deux raisons : la plus évidente est que j’ai eu du mal à ne pas m’endormir devant, la seconde (qui explique la première) est que c’est un film très silencieux avec très peu de dialogues.

Moi qui aime qu’on me raconte une histoire, j’ai été un peu décontenancée par ce long-métrage plus contemplatif et poétique que narratif. Certes, on suit l’arrivée de la petite Mui dans la famille pour laquelle elle apprend à travailler, on découvre le passé et les problèmes de cette famille jusqu’à un drame qui en bouleverse l’organisation, et plus tard nous est dévoilé le destin de Mui adulte. Mais l’intrigue se résume à ces quelques lignes. Comme Mui ne sort pas de la maison, sa vie est assez monotone et constituée d’une liste de tâches répétitives, ce qui n’est pas aisé à filmer sans lasser le spectateur.

Tran Anh Hung y réussit plutôt bien, offrant des gros plans saisissants sur des éléments de décor qui prennent toute leur importance à travers le regard que les personnages portent sur eux, comme la photo de la petite fille décédée ou les grillons que Mui élève dans une petite boîte. La fameuse papaye qui donne son titre au film fait l’objet de deux séquences dont une assez longue où l’on voit toute la préparation du fruit – qui vert se mange en salade comme un légume. C’est que Mui, qui n’a pas reçu d’instruction, se sert avant tout de ses sens pour percevoir et comprendre le monde qui l’entoure. Tout passe par l’odeur, le goût, et surtout le regard. Un regard noir immense, celui de la jeune Man San Lu, qui semble prêt à dévorer ce qu’il découvre, à l’absorber pour le faire sien, le comprendre au sens étymologique du terme. La jeune actrice dotée d’un certain charisme est filmée au plus près, ce qui donne au spectateur l’impression de communier avec elle, de ressentir les mêmes choses qu’elle. Ce parti-pris est intéressant, et les images sont vraiment très belles, léchées, colorées, comme des estampes.

J’ai presque eu l’impression de contempler une suite de tableaux ou de photos plus que de regarder un film, tant l’esthétisme l’emporte sur le sujet, finalement plutôt mince. Pourtant, la deuxième partie du film apporte une forme de résolution narrative en nous montrant ce que devient Mui et comment elle accède à un statut de femme adulte, par le biais de son nouvel employeur. Mais cette fin rapide est simplement esquissée, le spectateur doit presque deviner ce qui se passe. Un excès de pudeur qui pourrait passer pour de l’indifférence, comme si ce qui comptait n’était pas le destin de Mui, mais tout ce qui l’entoure, objets, humains, animaux. Comme si Mui n’était qu’un révélateur destiné à nous permettre de mieux voir et saisir les détails de son quotidien, un œil qui regarde pour nous tous ces menus éléments qui échapperaient au commun des mortels.

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