quandnousseronsheureuxDécider de faire un enfant, de consulter un hypnotiseur, de tout quitter, de rencontrer l’amour, de recourir à la chirurgie esthétique, de réclamer une augmentation, de faire son coming out, autant de façons de tenter d’être plus heureux…

Pour partir en vacances, j’avais décidé d’emporter ce petit livre de poche bien pratique à glisser dans un sac et à feuilleter au moindre temps libre, avec ses nouvelles très courtes, quatre ou cinq pages au maximum. J’avais déjà entendu parler de Carole Fives et j’étais impatiente de découvrir ses écrits.

Bien que racontant des histoires très différentes et mettant en scène des personnages variés, d’âge, de sexe et de milieux sociaux divers, le recueil est d’une grande homogénéité et suit sans coup férir sa ligne directrice, celle d’une critique acerbe de la société contemporaine. En mettant en scène des personnages décidés à tout tenter pour devenir plus heureux, l’auteur joue avec les conventions sociales, appuie là où ça fait mal et met en lumière le pathétique de nos existences.

Le ton est souvent grinçant, parfois triste, à certains égards franchement drôle. Amatrice d’humour noir, j’ai aimé que l’auteur ne prenne pas de gants, n’hésite pas à recourir à la violence, à secouer le lecteur, à le piquer dans son quotidien pour lui révéler l’absurdité du monde du travail, de la construction d’une carrière ou d’une famille, et surtout du regard d’autrui.

Les personnages, dont beaucoup ne sont pas nommés, pas décrits, à peine esquissés, ont pourtant bien le temps en quelques lignes d’installer une situation que l’on comprend rapidement, tant elle retentit avec force et vérité, et de sonner juste. Le livre de Carole Fives est comme une bataille navale où le lecteur contemporain ne pourrait éviter de finir touché, coulé. Impossible en effet de ne pas se reconnaître ou reconnaître une connaissance parmi tous ces anti-héros perdus, blackboulés par la vie et prêts à tout pour se sentir mieux. Surtout à faire du mal aux autres, à leur refiler le sentiment de malaise pour se sentir supérieur.

Bref, tout sauf un feel-good book et pourtant une lecture fort plaisante pour qui a l’esprit critique. J’ai été touchée par certains personnages plus tendres comme celui du « Silence du Louvre » ou combattifs face à un traumatisme (« Quand j’aurai parlé à mon père »). Mais j’avoue avoir particulièrement apprécié les textes les plus cruels, ceux qui s’autorisent un recours à la violence, à la monstruosité (« Géométrie », qui m’a rappelé une nouvelle d’Anna Gavalda, « Catgut »).

Surtout, l’auteur démontre un réel sens de l’à-propos, du dialogue réaliste, et de l’auto-dérision, puisque la dernière nouvelle met en scène une amie qui lui donnerait son avis sur les textes du recueil, lui reprochant son ton amer et le manque d’espoir délivré par ses mots.

Une bonne entrée en matière pour découvrir Carole Fives, qui m’a personnellement donné envie d’en lire davantage !

 

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