lexceptionMaría tombe des nues le soir du réveillon : son mari depuis onze ans, père de leurs jumeaux de deux ans et demi, la quitte pour un homme. Elle trouve alors du soutien grâce à ses voisins, Perla, auteur de polar et conseillère conjugale, et un étudiant en ornithologie.

Prix littéraire des jeunes européens, ce roman islandais m’avait fait de l’œil un jour où j’attendais un train. Dans les étagères du Relay, sa couverture ornée de feux d’artifices détonnait et m’étonnait. C’est d’ailleurs dans un train que j’ai découvert ce récit, parfait contre-pied à la touffeur estivale.

En effet, dès les premières lignes, l’auteur nous plonge dans l’ambiance de l’Islande en hiver : décorations et célébrations de Noël, terre gelée couverte d’une épaisse couche de neige, vêtements en duvet et autres accessoires ont presque réussi à me donner froid par trente degrés ! Le décor est bien planté, et ce dépaysement pour le lecteur français fait partie intégrante du charme du récit.

Celui-ci se construit un peu comme une poupée gigogne : après l’annonce de l’homosexualité de son époux, qui la quitte pour un collègue, María va de surprise en surprise, rencontrant toujours de nouveaux personnages et voyant tous les pans de sa vie remis en question de manière plus ou moins brutale.

Témoin de ces bouleversements, son intrusive voisine, Perla, naine aux tenues extravagantes, fait irruption plusieurs fois par jour dans l’appartement de María pour commenter sa situation, l’abreuver d’envolées sur la difficulté du rôle de ghost writer ou de conseils plus ou moins judicieux, et lui extorquer des provisions. Ce personnage haut en couleur et surréaliste remarque fort judicieusement l’inexplicable abondance de faits marquants qui surviennent à la suite, expliquant que tant d’événements ne sauraient se retrouver dans un roman sans que cela semble invraisemblable. L’auteur entame alors un jeu malicieux avec le lecteur : jusqu’où peut-on promener celui-ci sans qu’il s’offusque du nombre de rebondissements ? Qu’est-ce qui est ou non vraisemblable ? La vie n’est-elle pas plus imprévisible que la fiction ?

Le récit d’abord linéaire accumule les révélations : filiation, amours, adoption, tout y passe. Peu à peu, le roman propose aussi une forme de second degré, de réflexion sur le roman. J’ai d’ailleurs trouvé un peu dommage qu’Auður Ava Ólafsdóttir attende la fin du récit pour oser emprunter pleinement cette voie, laissant le lecteur dans un certain flou à la fois quant à l’histoire de María et quant aux fins recherchées par l’auteur.

Le livre reste très original et plaisant, à la fois dans ses thèmes, ses personnages et dans le maniement de l’intrigue. Une lecture divertissante bien que pas vraiment de saison !

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