LIRE_MADAMEBOVARY_40x60.inddEmma sort du couvent pour épouser Charles Bovary, médecin à Yonville. Très vite, la jeune femme s’ennuie dans sa vie à la campagne et rêve de romance et de fastes. Elle est comprise par Léon, jeune clerc de notaire romantique…

Je ne sais pas pourquoi j’avais envie de voir l’adaptation la plus récente de Madame Bovary. Aucune des versions précédentes ne m’avait tentée, et je ne suis pas plus que cela fan des romans de Flaubert. J’imagine que c’est la présence au casting de Mia Wasikowska qui a attisé ma curiosité. Je l’avais beaucoup aimée en Alice et dans Jane Eyre, ce qui fait d’elle une habituée des adaptations réussies.

J’étais donc pleine d’espoir pour ce Madame Bovary et j’ai pourtant été assez déçue. L’actrice n’y est pas pour grand chose, elle campe son rôle avec un mélange de fougue, de frivolité et de sérieux qui sied bien à cette héroïne. Mais face à elle, les personnages masculins sont pour la plupart moins convaincants : le Marquis manque un peu de panache, Homais est bien fade, Lheureux semble sorti des bas fonds de Dickens voire d’un film de Tim Burton (ce look, sérieusement ?), et Charles Bovary est vraiment caricatural. Certes, c’est un homme simple et casanier, un peu maladroit, mais les scénaristes ont oublié un élément fondamental : son amour pour Emma. À nul moment du film ne transparaissent de sentiments envers elle, et en cela, l’œuvre de Flaubert est dénaturée.

Pour rappel, le roman s’ouvre avec la jeunesse de Charles, et se clôt avec sa mort. Il est donc le personnage central, en dépit du titre de l’œuvre. Mais Sophie Barthes a visiblement voulu recentrer le récit sur Emma, puisque le film commence et finit avec la scène de sa mort. Bien qu’on puisse supposer que tout le monde connaisse la fin de l’histoire, c’est tout de même dommage d’utiliser la méthode du flash-back ici : cela renforce le sentiment étrange qui m’a tenaillée tout le long du film. En effet, j’ai eu l’impression que l’histoire se déroulait beaucoup trop vite. En quelques scènes, Emma bat la campagne avec Léon, puis s’offre au premier venu. Quid de ses résistances et de ses atermoiements, et des efforts déployés par ces hommes pour la séduire ? Qui a dit qu’Emma Bovary était une fille facile ? En même temps, j’ai trouvé le film très long, surtout la dernière demi-heure.

C’est dommage, parce que cette version possédait de nombreux atouts, en plus de son actrice principale. J’ai beaucoup aimé les conversations d’Emma et Léon sur Paris, qui prouve l’attrait mystérieux qu’exerçait la capitale à une époque où l’information et la culture étaient moins démocratisées qu’aujourd’hui. Et j’ai trouvé très intéressant de situer ces scènes dans un paysage bucolique magnifique qui force le spectateur à se demander pourquoi les personnages ne sont pas heureux des avantages de leur campagne. C’est finalement là que le film pose le plus intelligemment la question de l’insatisfaction chronique, bien plus finement que dans la vie sentimentale d’Emma. Je retiendrai quand même quelques jolis symboles, comme le bouquet de mariage plein de toiles d’araignée.

Le film n’est sans doute pas désagréable mais ne suit l’œuvre de Flaubert que dans ses grandes lignes, ratant les scènes clés du livre (le bal, les comices agricoles, le fiacre…) et manquant de profondeur.

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