lannéeprochaine.jpgAude et Clotilde ont 18 ans. Après le bac, Clotilde rêve d’étudier à Paris, où sa mère décédée a autrefois vécu. Aude veut surtout profiter de sa jeunesse et s’amuser avec les garçons… 

Le film sur l’adolescence et le passage à l’âge adulte est à mon avis un des plus grands pièges à cinéastes qui soit. Ceux que j’ai vus (LOL, Quinze ans et demi, Et toi t’es sur qui ?…) m’ont profondément agacée, car je les ai trouvés creux et vulgaires. Je ne me suis pas reconnue un instant dans ces jeunes gens qui ne pensent qu’à boire, fumer, aller en boîte et coucher avec n’importe qui. Je ne suis pas certaine que tous les jeunes vivent leur adolescence en passant la nuit à s’enivrer et se droguer dans des appartements immenses que des parents généreux et laxistes leur abandonnent tous les week-ends.

Échaudée par ces précédents cinématographiques, j’étais tout de même intriguée par le film de Vania Leturcq. Déjà parce que c’était un premier film, ensuite parce que le casting ne se composait pas de têtes d’affiche ultra connues. Et surtout parce que l’angle choisi me séduisait davantage : considérer l’amitié fusionnelle de deux jeunes femmes comme une histoire d’amour, avec sa lune de miel et ses désillusions. Et puis forcément, je me reconnaissais davantage dans ces deux jeunes provinciales qui débarquent à Paris à dix-huit ans sans y connaître personne, persuadées que la vie n’attend qu’elles.

Bien sûr, on n’échappera pas à des scènes de beuverie et de boîte de nuit, mais celles-ci ont au moins l’avantage d’avoir un vrai sens dans la construction de l’intrigue et de l’opposition des caractères. Tout le film tient par la grâce de ce duo de jeunes actrices qui crève l’écran. D’un côté Clotilde (Constance Rousseau), rigide et butée, ambitieuse et mal à l’aise avec la séduction, scolaire et mélancolique. De l’autre Aude (Jenna Thiam, vue dans Les Revenants), féline et passionnée, futile et sensuelle, extravertie et maladroite. On peut difficilement faire plus opposées que ces deux jeunes femmes, qui pourtant sont liées par une complicité qui semble à toute épreuve… mais l’est-elle vraiment ?

C’est un film sur l’amitié avant tout, mais aussi sur le chemin pour devenir adulte, comprendre qui l’on est vraiment, ce qui nous anime et ce qui nous épanouit. Des questions propres à cet âge de transition et beaucoup plus intéressantes à mes yeux que de savoir qui couche avec qui. Même si, forcément, cet aspect-là entre aussi en compte dans le film, de même que l’évolution des relations familiales lorsque l’oisillon quitte le nid. Les seconds rôles sont incarnés avec beaucoup de justesse : Frédéric Pierrot, extrêmement touchant en papa fou de ses enfants et si soucieux de bien faire, Anne Coesens en mère fière de sa fille et en épouse malheureuse, Julien Boisselier, toujours un peu identique à lui-même, dégageant ce charme subtil et un peu distant qu’il avait déjà dans Je vais bien, ne t’en fais pas ou Clara et moi, et Kévin Azaïs, amoureux sincère mais brut de pomme, dans un rôle assez proche des Combattants.

Certes, le film a quelques imperfections, quelques clichés qu’il n’évite pas et un montage qui coupe parfois court, mais l’ensemble est prenant, sensible et nuancé. La bande-son très réussie de Manuel Roland et Jeanne Added y est pour beaucoup, donnant le ton de plusieurs scènes clés.

Un beau portrait de jeunes filles, qui prend au sérieux cet âge de tous les possibles, sans complaisance mais pas sans grâce.

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