marathonJeune ou moins jeune, débutant ou confirmé, coureur sur route ou amateur de trail, homme ou femme, en couple ou célibataire, avocat ou infirmière, ils ont tous quelque chose en commun : la pratique de la course longue distance. Mais, se demande Angélique, pourquoi les coureurs courent-ils ? 

Je dois dire qu’il y a quelque chose que j’aime beaucoup chez JC Lattès : le fait qu’ils mettent à profit leur statut de maison à best-sellers (les Dan Brown, 50 nuances de Grey) pour oser en parallèle publier des textes inattendus. C’était le cas notamment avec l’OVNI Les gens dans l’enveloppe en 2015, ou avec des textes accompagnés d’images comme Tout cela n’a rien à voir avec moi ou Les gens heureux n’ont pas d’histoire. Mais ils ont surtout le bon goût de publier régulièrement des recueils de nouvelles, toujours de grande qualité. J’avais eu un coup de cœur pour Autorisation de pratiquer la course à pied de Franck Courtès, il était donc assez logique que je me lance dans la lecture de Marathon.

J’avais toutefois un peu peur de ne pas réussir à me laisser prendre par ces histoires de marathoniens, moi qui ne suis dans la vie pas très motivée par ce sport. Mais j’ai quand même eu envie de découvrir ces textes. Certes, la course est le dénominateur commun entre tous, présente à toutes les pages ou presque, sous la forme d’entraînements, de régime et de blessures, de marathons ou de trail. L’auteur connaît bien son sujet : après avoir couru lui-même plus de cinquante marathons, il a créé un site dédié à la course à pied. D’où une exactitude des termes techniques, mais aussi de la description des ressentis des coureurs, à la fois dans l’effort mais aussi dans le reste de leur vie, qui tourne toujours plus ou moins autour de leur activité sportive.

Bref, Pascal Silvestre maîtrise totalement son sujet, comme on s’y attendait. Mais, plus inattendu, il écrit également avec beaucoup de fluidité, de dynamisme et de sensibilité. D’un texte à l’autre, des personnages différents prennent vie, avec leur passion pour la course bien sûr, que tous ne vivent pas de la même manière, mais aussi leur caractère, leur passé, leurs rêves. En dépit d’un thème commun, les textes qui composent le recueil sont donc assez variés, car la présence de personnages bien distincts et bien campés permet une large palette de tonalités. Sans fioritures, les récits sincères nous attachent aux personnages, et nous donnent envie de savoir : vont-ils aller au bout de leur marathon ? Entre les mains du lecteur, les pages filent vite comme les kilomètres sous les semelles d’un coureur motivé.

La grande réussite de ce livre, c’est d’avoir réussi à captiver une néophyte de la course comme moi. Car au-delà d’une course, c’est souvent un moment-clé de la vie des personnages qui nous est dévoilé. Comme si le désir ou le besoin de courir cachait toujours quelque chose de plus profond. Le marathon apparaît comme un révélateur : il est l’occasion d’éprouver sa volonté, son endurance, ou au contraire de lâcher prise. Mais il permet aussi de faire des rencontres, de se sentir un parmi la foule, de se découvrir des affinités avec des gens très éloignés d’âge ou de condition sociale. La solidarité et l’égoïsme s’affrontent sur les parcours, de même que le plaisir et la douleur. Et ce combat contre soi-même est toujours beau, quelle qu’en soit l’issue, et toujours annonciateur d’une évolution, d’une mue du coureur.

Je ne suis pas certaine que dans la vie toutes les courses soient si capitales, mais j’ai beaucoup aimé la façon qu’a l’auteur de nous faire partager sa passion en nous narrant les effets les plus spectaculaires qu’elle peut produire dans une vie. Ça bouge, ça vibre, ça respire fort entre ses pages, et ça donne envie, sinon de courir, au moins de continuer à lire.

3 questions à… Pascal Silvestre

J’ai contacté Pascal Silvestre via son site runners.fr, il a eu la gentillesse d’accepter de répondre à mes questions. 

  • Vous apparaissez vous-même comme un personnage de votre livre, ce qui procure un effet de réalisme saisissant. Doit-on en conclure que toutes les histoires que vous racontez sont vraies ?

Aucune histoire n’est « vraie ». Le Pascal du livre n’est que le témoin des aventures vécues par les vrais héros du livre. Il est comme un fil rouge faisant le lien entre les nouvelles et soulignant d’une certaine manière la proximité qui relie finalement tous les marathoniens.

  • Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire tout un recueil sur le thème du marathon ? N’avez-vous pas craint que les non-coureurs ne se sentent pas concernés par le livre ?

J’ai justement cherché à écrire un livre qui s’adresse en priorité aux lecteurs qui ne courent pas. Il me semblait important de redonner un peu d’humanité aux marathoniens que l’on résume trop souvent à des bêtes de somme obsédées par l’entraînement, de décrire aussi et surtout l’incroyable investissement que suppose la participation à un marathon. Comme le dit l’un des personnages du livre « Chaque concurrent prend le départ avec des comptes à régler, avec l’espoir de cicatriser de vieilles plaies, avec un besoin immense de vivre un voyage intérieur. »

  • Angélique demande au début du livre « pourquoi courez-vous ? » et cette question paraît sous-tendre tous les récits. Les personnages semblent toujours avoir une « bonne raison » de décider de courir un marathon. Tous les coureurs ont-ils selon vous une motivation autre que le simple goût de la course ? La course serait-elle une forme de « remède miracle » pour débloquer les situations complexes de la vie ?

Non évidemment la course n’est pas un « remède miracle » mais la pratique régulière voire assidue de ce sport est un moyen, il me semble, de voyager spirituellement, de mettre de l’ordre dans ses idées, d’exprimer sa colère et même de faire la paix avec soi-même. Alors, oui !, les acteurs du livre vivent l’aventure marathon pour des raisons différentes et aucun sans doute ne peut répondre à la question posée par Angélique au début du livre. Peut-on dire réellement pourquoi l’on court ? Je ne crois pas. Simplement, cela s’impose parfois. Et, lorsque c’est le cas, le voyage commence…

Un grand merci à Pascal Silvestre pour ses réponses.

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