LeséluesÀ 12 ans, Carly May et Loïs ont été kidnappées par un homme aux motivations floues. Des années plus tard, l’une est devenue Chloe, actrice de seconde zone, et l’autre Lucy, auteur d’un roman retraçant leur histoire…

Lorsqu’on m’a proposé ce gros roman – merci Anne&Arnaud – j’ai été séduite par sa couverture esthétique et mystérieuse, et surtout par le thème du kidnapping. J’avoue un intérêt certain pour les œuvres inspirées de faits divers, et en particulier pour le thème de la séquestration. J’avais été fascinée par Contre toi (de Lola Doillon), et j’ai été happée par Room plus récemment. Ce roman m’offrait donc la possibilité de continuer à explorer ce sujet sous sa forme cette fois-ci littéraire.

Tout au long du livre, le lecteur se glisse tour à tour dans l’esprit fantasque de Carly May-Chloe et dans celui, nettement moins rationnel qu’elle ne le voudrait, de Loïs. Jusqu’au bout, la différence de caractère, d’éducation et de langage est suffisamment bien rendue pour donner de l’épaisseur aux personnages principaux, ce que j’ai vraiment apprécié. La deuxième partie du livre fait exception puisqu’elle nous livre un large extrait du roman de Lucy Ledger, Au fond des bois. Mais dans quelle mesure ce texte nous donne-t-il accès à la réalité de ce qu’ont vécu Loïs et Carly May ?

C’est sur l’ambiguïté entre réalité, fantasme et fiction que joue Maggie Mitchell pour maintenir l’intérêt de son récit, ainsi que sur la multiplication des identités. Le lecteur se laisse facilement absorber par la narration fluide, désireux d’en apprendre davantage sur la cohabitation particulière des deux fillettes avec leur bien étrange ravisseur. A posteriori, je me demande si la partie romançant l’existence des enfants avec Zed n’est pas ce que j’ai préféré dans ce livre. L’auteur réussit le pari de nous rendre le kidnappeur presque sympathique, en tout cas de nous laisser entendre qu’il ne voulait que du bien aux petites filles qu’il avait choisies. Même si les névroses des jeunes femmes prouvent qu’il leur a légué un traumatisme difficile à évacuer.

J’ai trouvé, peut-être à tort, que Loïs avait droit à un développement plus important que Carly, à une personnalité plus complexe et plus intéressante. C’est dommage, me semble-t-il, car j’aurais aimé voir Chloe s’éloigner un peu plus ostensiblement du cliché de la belle blonde qui ne joue que des rôles de potiches. J’avais tout de même très envie de savoir si les deux jeunes femmes allaient se retrouver et quelles en seraient les conséquences.

Un seul personnage m’a semblé manquer d’envergure : Sean, l’étudiant manipulateur de Loïs. Si celle-ci est d’une naïveté confondante à son égard, le lecteur un tant soit peu perspicace n’aura aucun mal à anticiper les actions du jeune homme, à défaut de comprendre vraiment sa personnalité et son but. La fausse piste entretenue pendant un certain temps à son sujet me paraissait intéressante à explorer, sans doute plus que l’option choisie qui aboutit à une fin un peu décevante à mon goût. Si le livre tient en haleine comme un bon divertissement et offre matière à réflexion, il ne choisit pas vraiment entre approfondissement psychologique et thriller à suspens. J’aurais aimé trembler davantage pour les personnages et m’enfoncer plus avant dans les arcanes de leurs motivations. Mais, comme souvent sans doute dans la réalité de ce genre de faits, l’énigme persiste.

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