alcesteàbicycletteGauthier Valente, comédien star d’une série en vogue, décide de monter Le Misanthrope de Molière, sa pièce préférée. Il se rend à l’île de Ré pour convaincre Serge Tanneur, un acteur qui s’est retiré du milieu, de collaborer à ce projet…

 J’avais vraiment envie de voir ce film depuis assez longtemps, car je lui trouvais un fort potentiel comique. Le tandem Wilson-Luchini me semblait très prometteur, de même que l’exploitation de la rivalité entre deux grands acteurs.

De fait, certaines scènes m’ont amusée, comme lorsque les deux hommes se font jeter dehors par une voisine italienne sans égard pour leur célébrité, ou lors des chutes à vélo. J’ai aussi beaucoup aimé la parodie de feuilleton télévisé d’une niaiserie sans non, « Docteur Morange », qui apparaît comme un élément loufoque au milieu d’un univers plutôt très réaliste.

Mais finalement, cette histoire n’est pas drôle. On prend certes plaisir à voir les deux hommes répéter du Molière en y mettant toutes les variations et les nuances possibles, interchangeant les rôles au gré d’un pile ou face reconduit chaque jour. Toutefois, sous l’apparente affabilité dont ils font preuve l’un envers l’autre, la tension croissante est palpable. On se doute donc que le projet de Valente a peu de chances d’aboutir.

Par une forme de mise en abyme, Serge Tanneur devient Alceste, celui qui ne peut se plier aux hypocrisies de la Cour à laquelle s’apparente le milieu des artistes. À moins qu’il ne soit Philinte, prêt à manipuler lui aussi pour parvenir à ses fins… Le spectateur est sans cesse dans l’attente d’un retournement, sentant bien que le jeu des deux personnages principaux est sous-tendu par un maillage de pensées coupables, égoïstes, vaniteuses, libidineuses voire vengeresses. Mais il y a presque trop de subtilités dans tout cela, ce qui fait que l’on peut parfois ressentir une pointe d’ennui en attendant de voir les choses déraper pour de bon. Un peu comme avec Les femmes du 6e étage, j’ai trouvé l’œuvre de Philippe Le Guay trop léchée, manquant de folie et de débordements.

Une fois de plus, c’est du côté des femmes que le bât blesse selon moi. Les personnages féminins sont très secondaires dans le film, et n’apparaissent que comme des leviers ou des contrepoids dans la relation des deux acteurs. Zoé, la jeune serveuse rêvant de devenir actrice porno, est complètement sous-exploitée. Quant à Francesca, la belle Italienne, elle apporte un côté lumineux à l’histoire, qui s’effondre dans une révélation complètement téléphonée. Le jeu de la belle Maya Sansa méritait mieux que ça. De plus, les scènes coupées présentes dans le DVD du film révèlent que les femmes auraient pu apparaître davantage dans le film, avec notamment deux personnages féminins totalement supprimés au montage.

La scène finale est quand même intéressante et d’une cruauté bienvenue, mettant en valeur une forme de vengeance sournoise et à retardement. Mais j’ai quand même été un peu déçue que le film n’aille pas plus loin dans ses choix, surtout avec un casting pareil !

Publicités