MargueriteetJulienJulien de Ravalet et sa petite sœur Marguerite vivent une enfance complice au château de Tourlaville. Inquiète de leur relation fusionnelle, leur famille décide d’envoyer Julien en pension avec son frère aîné. Mais à leur retour, Marguerite et son frère semblent toujours aussi proches…

Movie challenge 2016 : un film réalisé par une femme

Avant même la sortie de ce film, j’ai été prise dans une sorte d’élan contradictoire à son sujet. J’aime beaucoup Anaïs Demoustier, comme chacun sait, et j’étais intriguée de la voir collaborer avec Valérie Donzelli, dont je suis avec intérêt le parcours, même si je n’ai pas adhéré à tous ses projets (j’ai adoré La Reine des pommes mais La guerre est déclarée m’a déçue). En même temps, je n’ai aucun attrait pour les films historiques sur la Renaissance, or les vrais Marguerite et Julien ont vécu à la fin du XVIe siècle. J’ai eu peur que l’originalité de la réalisatrice ne fasse pas bon ménage avec son sujet.

C’est donc un peu à reculons que je me suis lancée dans ce visionnage. Et finalement, je me suis laissée prendre à l’histoire de ce couple hors du commun, incarné par Anaïs Demoustier, donc, et Jérémie Elkaïm. L’alchimie entre les deux acteurs principaux fonctionne très bien (il paraît qu’ils ont eu un coup de foudre sur le tournage, ça aide !), et ce déjà avec les enfants (bien choisis au niveau crédibilité physique par rapport à leur version adulte, ce n’est pas si courant). L’histoire semble transposée au XIXe siècle environ, ce qui rend les personnages plus proches de nous. J’ai beaucoup aimé les astuces de Valérie Donzelli pour mettre en valeur certains éléments de l’intrigue, comme la présence de la récitante qui raconte l’histoire à une chambrée de petites filles captivées, ou les scènes figées qui se mettent peu à peu en mouvement. C’est vraiment un cinéma inventif avec des partis pris forts que propose la réalisatrice, et pour la première moitié du film, j’ai trouvé que ses idées étaient bonnes.

Cependant, j’ai fini par me lasser un peu de certains procédés, qui ont eu tendance à me sortir de l’histoire. Par exemple, j’ai toujours beaucoup de mal avec les anachronismes voulus. Je comprends que l’on puisse transposer une histoire, mais dès que la période temporelle se floute, faisant cohabiter un hélicoptère et un Roi de France, on me perd complètement. J’ai vraiment regretté cela, d’autant plus que les éléments ultra-modernes ne m’ont pas semblé nécessaires à la progression de l’intrigue.

Je connaissais la fin de l’histoire avant de regarder le film, ce qui m’a privée du suspens, et sans doute d’une partie de l’émotion que j’aurais pu ressentir. J’ai toutefois été touchée par l’évolution de la position des parents et du frère de Marguerite et Julien, qui finissent par soutenir les deux jeunes gens en dépit de toutes leurs réticences. Finalement, ce que j’ai le plus aimé dans ce film, c’est la prise de position claire de la réalisatrice, qui pose l’inceste non comme un crime ou une maladie, en dépit de ce que les protagonistes répètent à l’envi, mais comme un choix, une liberté que deux individus devraient pouvoir prendre sans que l’État, l’Église ou leurs proches s’en mêlent. Le texte récité par les voix off tout à la fin du film va dans le sens de l’exaltation de la liberté et de l’union fusionnelle de ces deux âmes qui n’avaient pas choisi de naître frère et sœur. Un pied de nez à la morale qui m’a plus convaincue que la forme de la narration.

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