letoutnouveautestamentEa, 10 ans, n’est pas une enfant comme les autres. Fille de Dieu, elle vit recluse dans un appartement avec la divinité tyrannique qui n’a créé les hommes que pour le plaisir de leur pourrir la vie. Pour se venger de son violent géniteur, Ea décide d’envoyer à tous les humains leur date de décès par SMS… 

Movie challenge 2016 : un film dont le héros n’est pas humain (fille de Dieu) 

J’avais failli aller voir ce film au cinéma, intriguée par sa bande-annonce. J’avais craint d’abord une comédie manquant de finesse, mais le sujet m’intéressait. À une époque où beaucoup de débats ont lieu autour des religions, de leur place dans la société et de leurs dérives, je trouvais audacieuse l’idée de ce film iconoclaste (pour ne pas dire blasphématoire).

Moi qui ne pense pas beaucoup de bien des religions, donc, je n’ai aucunement été choquée par ce Dieu misogyne, misandre, bref, qui déteste tout et tout le monde. Animé par de bas instincts, son seul but est de s’amuser au détriment de ses créatures, les pauvres humains. Il n’a guère d’affection non plus pour son fils mort en croix ni sa fille au look gothique. La petite Ea est pourtant tout à fait adorable, et sa jeune interprète, Pili Groyne, est l’une des clés de la réussite du film. J’ai souvent du mal avec les enfants au cinéma mais je dois dire que j’ai été séduite par le naturel de cette toute jeune actrice qui est de quasiment tous les plans et illumine un film par ailleurs plutôt sombre.

En effet, comme souvent dans le cinéma belge, l’humour présent n’apparaît pas sans une certaine forme de tragédie ou de noirceur. Le clown triste Benoît Poelvoorde trouve ici un scénario sur mesure qui mêle les pires travers de l’humanité (et de la divinité !) avec des moments de drôlerie intense, de poésie pure et d’émotion bien dosée. Cette ambiance particulière, jamais dans la demi-mesure, m’a fait penser aux excès des Nouveaux sauvages, qui m’avait également convaincue.

Le film a pu être comparé aussi avec Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain, et c’est vrai qu’on retrouve chez Jaco Van Dormael quelque chose de l’univers décalé de Jean-Pierre Jeunet : les lieux paraissent souvent inquiétants, les personnages oscillent entre un réalisme social pessimiste et une absurdité totale, bref, les apparences sont souvent trompeuses. L’absurde est parfois poussé un peu loin à mon goût mais le film réussit à ne pas se perdre malgré son découpage en 6 « évangiles » et à conserver une ligne directrice, celle de la quête de la petite Ea qui cherche à restaurer l’équilibre terrestre.

Ce qui m’a vraiment plu, c’est que le réalisateur ne s’impose aucune limite, ni visuelle, ni scénaristique. Violence, pulsion meurtrière, obsessions et perversions sexuelles, poids du regard des autres, identité sexuelle et handicap font partie des questions soulevées par les six apôtres de la fille de Dieu. Comme si le bonheur n’était pas une question de mérite ni de valeur, mais qu’il était dû à tous, et que, par son avènement, chacun obtenait justement une chance de devenir meilleur. C’est toute la moralité biblique que renverse Van Dormael dans son film : ce n’est pas l’amour de Dieu qui sauve les justes lors du jugement dernier, mais c’est en s’aimant les uns les autres et en jouissant du bonheur terrestre que les hommes deviennent meilleurs et se détachent de l’emprise du créateur.

Un film original et décalé, à la fois sombre et très drôle, qui permet de dédramatiser les questions religieuses et qui redonne foi en l’humanité.

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