« Le reste de leur vie » : feel-good or not feel-good

lerestedeleurvieFils d’un prix Nobel de médecine, Ambroise a décidé de se consacrer à soigner les morts : il est thanatopracteur. Quant à Manelle, elle aide les vivants au quotidien lorsque l’âge les rend dépendants. Mais son client préféré, le riche et généreux Samuel, est gravement malade…

J’avais bien aimé Le liseur du 6h27, gros succès de librairie entre plaidoyer audacieux pour le goût des livres et feel-good book à la mode, et peut-être plus encore Macadam, le recueil de nouvelles noires et poétiques de Jean-Paul Didierlaurent. C’est donc avec impatience que j’attendais la sortie de son nouveau roman Le reste de leur vie.

Dès les premières pages, je me suis plongée avec plaisir dans ce récit qui met encore une fois en lumière des personnages de l’ombre, au quotidien difficile, manquant de reconnaissance dans leurs professions respectives. Manelle, aide à domicile pleine de fougue et de verve, offre des perspectives amusantes sur les petites amertumes de son quotidien et de celui de ses clients. Mais c’est surtout Ambroise qui fait l’originalité du livre. À l’instar de Guylain Vignolles dans le premier roman de l’auteur, Ambroise est affublé d’un nom lourd à porter, puisque son prix Nobel de médecine de père l’a baptisé d’après Ambroise Paré. On s’attache rapidement à ce jeune homme trop sensible pour côtoyer la souffrance des vivants, et plus à l’aise avec les morts. Il en faut de l’audace pour choisir comme héros un thanatopracteur ! Attention tout de même pour les âmes sensibles : l’auteur, qui n’a jamais eu peur de se salir la plume, n’hésite pas à entrer dans le vif du sujet (si l’on peut dire !) et à donner des détails sur les pratiques professionnelles de son héros. Mieux vaut avoir le cœur bien accroché : pour ma part, j’aurais préféré ne pas savoir certaines choses…

J’ai trouvé que ce roman reprenait vraiment les codes du précédent, abordant l’air de rien des thèmes délicats comme la vieillesse, la maladie, la mort, les relations familiales, ou encore l’avortement (j’ai d’ailleurs été un peu dérangée par la culpabilisation autour de cette question…). Malgré ces sujets lourds, qui ne sont pas traités à la légère, l’auteur réussi à insuffler un élan de vie et de joie dans son texte grâce à des personnages enthousiastes tels que Beth et des situations cocasses.

Mais que serait un feel-good book sans romance ? Pour ma part, c’est l’aspect du livre qui m’a le moins emballée. C’était déjà ma petite réserve sur Le Liseur et cette fois-ci elle a été plus importante, allant jusqu’à vraiment m’agacer vers la fin du livre. Je n’étais pas contre une romance en soi, car on se doutait bien qu’elle allait arriver. Cependant, j’ai trouvé que les deux jeunes héros perdaient de leur consistance en se rapprochant, et en particulier que Manelle devenait un cliché. Alors que l’auteur se débrouille très bien avec des scènes compliquées et des thèmes délicats, les éléments les plus réalistes comme un dîner au restaurant ou une scène érotique ont tendance à sonner faux. Comme s’il fallait exagérer pour faire rêver les lecteurs… c’est bien à mon sens le défaut premier des feel-good books en général, et j’ai trouvé un peu dommage que Jean-Paul Didierlaurent cède à cette facilité.

Malgré tout on passe un bon moment de lecture en compagnie de ces personnages et on ne s’ennuie jamais tant les rebondissements ponctuent le récit.

13 commentaires sur “« Le reste de leur vie » : feel-good or not feel-good

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  1. Dans la série « thanatopracteur » ou métier qui ne font pas rêver, je te conseille deux courts livres de Akira Yoshimura : « la jeune fille suppliciée sur une étagère » et « un spécimen transparent ». On y découvre la vie d’un homme qui prélève les os des défunts pour un faire des squelettes d’étude. Et de sa difficulté à vivre des histoires d’amour. C’est très poétique et on retrouve ce mélange glauque/beauté qu’a approché JP Didierlaurent dans ce roman.

  2. J’avais passé un bon moment de lecture avec Le liseur du 6h27, j’aimerais bien tenter autre chose de la patte de Didierlaurent, peut-être ce roman ! 🙂

  3. Je n’ai rien lu de l’auteur (toujours pas) mais j’avoue que Le liseur du 6h27 me tente plus que celui-ci, donc je commencerai par l’autre ^^

  4. Etant très intéressée par le thème de l’avortement, je suis bien curieuse de savoir comment l’auteur a abordé ce sujet. (Vais-je m’énerver ou non ^^ ?! Suspense)
    En tout cas, j’aimerais beaucoup lire cet ouvrage. J’avais apprécié « Le Liseur du 6h27 » et j’aimerais redécouvrir la plume de cet écrivain !

    1. Je ne sais pas ce que tu penses de ce sujet délicat mais pour ma part j’ai été assez agacée par le traitement de cette question. Même si je peux concevoir que certaines personnes vivent cette expérience douloureuse ainsi. En tout cas ça m’intéresserait de connaître ton avis sur ce livre !

      1. C’est du type « la femme doit culpabiliser face à un tel événement » ?
        Je pense que je me procurerai ce livre juste pour voir comment l’auteur aborde ce sujet. Même s’il y a des chances pour que cela m’énerve. Je suis très attachée au droit à l’avortement (même si je comprends que certaines personnes y soient opposées) et j’ai un peu de mal quand on généralise en disant « avortement = culpabilisation ». Il y a tellement de nuances et de différences…

        1. C’est loin d’être le sujet principal du livre. Mais en gros – ALERTE SPOILERS – le personnage qui a avorté ne s’en remet pas, se sent coupable, y pense toujours et ne se donne pas le droit d’être heureuse à cause de ça. Donc voilà, étant moi aussi attachée à ce droit, ça m’a fait tiquer.

          1. Hm… Je comprends tout à fait que cet aspect t’ait fait tiquer…C’est vraiment dommage qu’un ouvrage se borne à cette vision de l’avortement, parce que même si certaines femmes ressentent cette culpabilité après leur IVG, d’autres vivent très très bien cet événement. D’ailleurs, cette culpabilité est également le fruit de la société, elle a trop tendance à rendre coupable les femmes qui passent par cette étape (et ce livre, à sa manière, appuie et soutient cette idée.. Il ne va pas aider à changer les points de vue). Heureusement, tout le monde ne pense pas ça. Florian Zeller a abordé l’IVG dans son roman « La jouissance » et il a écrit quelque chose de très très juste, je trouve. « En sortant de la clinique, ce jour-là, elle avait été frappée par la simplicité du spectacle qui s’offrait à elle : des gens marchaient sur les trottoirs, des voitures passaient, des enfants rentraient de l’école et quelques adolescents traînaient en fumant des cigarettes – la vie continuait. La petite mécanique du monde lui était alors apparue de façon éclatante : la vie continuait et elle, qui venait à l’instant de se séparer d’un fragment vivant de son corps, avait plus que jamais envie de rejoindre le mouvement général. »
            Y a de l’espoir dans cette phrase 🙂

            1. Tiens je ne connaissais pas ce texte de Zeller, ça me donne envie d’aller y jeter un oeil ! 🙂 Sinon tu as celui de Colombe Schneck sur ce sujet, « Dix-sept ans », qui dit avec sincérité que l’on peut s’en remettre et considérer que c’était le bon choix, celui qui empêche une jeune femme de gâcher sa vie (ce qui ne veut pas dire qu’elle est insensible).

              1. N’hésite pas à découvrir « La jouissance » de Zeller, après le thème de l’IVG n’y est pas abordé en long, en large et en travers, c’est juste un passage (il me semble). Oui 🙂 j’ai aussi lu « Dix-sept ans ». Un livre comme celui-ci, ça fait du bien !

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