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letatdumondeselonsiscoMarc Sisco vient de remporter son plus gros contrat : son agence d’architecture va construire le nouvel opéra flottant de Venise, le T40. Mais l’aboutissement de ce projet de toute une vie rompt l’équilibre fragile du quotidien de ce mégalomane isolé.

J’étais assez curieuse de découvrir le roman de Pascal Louvrier. En effet, j’ai déjà fait plusieurs découvertes intéressantes chez la jeune maison Allary, comme Les Fidélités et Je ne veux pas d’une passion de Diane Brasseur, ou encore l’étonnant livre de Charles Pépin, La joie. De plus, le métier d’architecte a toujours été assez littéraire : non seulement la moitié des personnages de Marc Lévy exerce cette profession (comment, j’exagère ?), mais elle est aussi représentée dans La Consolante d’Anna Gavalda.

D’ailleurs, j’ai retrouvé dans les premières pages du livre de Pascal Louvrier un peu de l’état d’esprit de Charles au début de celui de ma romancière fétiche. J’ai bien aimé le regard au scalpel que porte son architecte désabusé sur les nouvelles égrenées par la radio, qui, comme le chantent Eicher, sont mauvaises, d’où qu’elles viennent.

Et puis, rapidement, tout s’est gâté. Passé le premier chapitre, le roman commence très vite à tourner en rond, répétant inlassablement les mêmes scènes : Sisco se sent étouffer, Sisco en a assez de la lenteur d’esprit de ses collaborateurs, Sisco pense à sa mère mourante, Sisco boit du whisky, Sisco sort dîner avec sa nouvelle collaboratrice et amour de jeunesse… Très vite, tout cela m’a lassée. Le ballet des noms propres de lieux branchés et de célébrités sur le retour, sans doute destiné à « faire vrai », m’a plongé dans un milieu bourgeois d’une vulgarité déplaisante. C’est ainsi que l’homme en pleine crise existentielle, qui aurait pu recueillir l’adhésion du lecteur, la perd en se révélant absolument antipathique. C’est bien simple, s’il ne pensait pas de temps à autre à sa mère avec affection, on pourrait croire que Sisco a enterré son cœur dans les fondations d’un de ses projets.

Pour autant, on ne peut pas dire que le constat manque tellement de vraisemblance : je veux bien croire que le monde de l’architecture soit à ce point peuplé d’ego surdimensionnés et de génies autoproclamés capables de nier la réalité de la nature au profit de la folie créatrice de l’homme. Là où la vraisemblance pèche, et cruellement, c’est du côté des personnages féminins, tous stéréotypés et/ou manquant de cohérence. L’exemple d’Alexandra est frappant : non seulement sa tenue vestimentaire paraît peu probable (le nombril piercé à l’air sur son lieu de travail, dans une agence d’architecture ?), mais celle qui est vantée pour son assurance et sa capacité à donner le meilleur d’elle-même lorsque tous les autres sont abrutis par le stress, se retrouve à… pleurer devant son patron et lui confier les affres de sa vie sentimentale.

Il n’y a que dans le dernier chapitre que j’ai retrouvé le ton qui m’avait plu dans les premières lignes et le fond du propos qui s’était égaré en chemin. Le récit appartient à un courant assez en vogue, celui de la description de la déchéance d’un homme qui semblait tout avoir (on peut retrouver ce genre de figures dans La joie ou dans La condition pavillonnaire pour sa version féminine). Mais malheureusement, le filon commence à s’épuiser, et Sisco n’est pas la version la plus subtile de cette interrogation sur le mal-être contemporain.

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