lhermineMichel Racine est un Président de cour d’assises redouté par les accusés et méprisé par les avocats. Alors que s’ouvre le procès d’un homme accusé d’avoir tué son bébé, de nouveaux jurés sont tirés au sort. Parmi eux, Ditte, une femme que Michel Racine a connue plusieurs années auparavant…

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Depuis sa sortie, L’Hermine me tentait vraiment, à la fois pour son sujet social et pour son casting. Si Fabrice Lucchini peut parfois en faire trop à mon goût, je pressentais que confronter son exubérance au jeu plus en retenue de Sidse Babett Knudsen pouvait être intéressant, surtout dans une rencontre orchestrée par Christian Vincent, dont j’ai beaucoup aimé La Discrète.

C’est avant tout un film de procès que nous livre le réalisateur : d’emblée, le spectateur est mis dans l’ambiance grâce au point de vue du dessinateur qui nous donne les clés pour comprendre le fonctionnement de la cour d’assises. Une manière astucieuse de nous permettre de suivre le procès. Sur un sujet très grave (un infanticide), celui-ci met en scène un couple perdu très réaliste, incarné par Victor Pontecorvo et Candy Ming. Paradoxalement, les scènes du tribunal recèlent des moments drôles, surtout lors des auditions des témoins, entre l’homme qui ne sait plus ce qu’il a vu ou non et le couple qui se dispute à la barre à propos de la disposition de son appartement.

Parmi les jurés, des profils très variés en âge, milieu socio-professionnel, religion, comme on peut le découvrir lorsqu’ils prennent un verre tous ensemble et font connaissance. J’ai regretté que certaines personnalités fortes, comme Corinne Masiero, soient un peu sous-exploitées. Le film n’étant pas très long, il aurait supporté un quart d’heure de plus consacré aux délibérations et à la mise en valeur des différentes manières d’aborder le procès.

Forcément, parmi ces jurés, c’est le profil de Ditte qui sort du lot : médecin anesthésiste, on comprend peu à peu qu’elle a autrefois rencontré Michel Racine, le président de la cour, alors qu’il se remettait d’un accident. Si on peut d’abord croire qu’ils ont eu une liaison, on découvre peu à peu un lien bien plus ténu et plus ambigu. L’actrice danoise est comme toujours d’une grande finesse et d’une grande classe (un peu à la manière d’une Kristin Scott Thomas) mais dans un rôle qui, pour lui avoir valu un César, est finalement assez peu chargé en texte. Elle bénéficie grandement de la présence d’Eva Lallier, qui joue sa fille, d’une fraîcheur et d’un aplomb désarmants.

Mais celui sur qui tout le film repose, c’est Fabrice Lucchini. Assez loin de ses extravagances coutumières, il compose un personnage d’une grande lucidité, notamment sur les limites de son pouvoir. Pour lui, « le but de la justice n’est pas de faire éclater la vérité, le but de la justice, c’est de réaffirmer les principes de la loi. » Cet homme esseulé, craint par les accusés, méprisé par ses collègues du Palais, semble en fait souffrir d’une forme d’inadaptation sociale : extrêmement consciencieux dans son travail, il est incapable de feindre une sympathie qu’il n’éprouve pas pour s’intégrer aux autres hommes de loi. Mais il s’anime face à Ditte, à laquelle il exprime avec fougue et maladresse un amour apparemment illimité. On a l’impression que pour cet homme qui ne se soucie guère de son bien-être personnel, cette femme représente en quelque sorte une dernière chance. Leurs dialogues dans la brasserie sont à la fois amusants et touchants, et on y retrouve un peu de la verve habituelle de l’acteur. C’est finalement un personnage modeste qu’il nous livre ici, bien résumé par cette réplique : « Heureux ? Ohlàlà, je ne suis pas si ambitieux. »

Un film fin, nuancé, réaliste et touchant, un peu à la manière d’un Lioret, sublimé par le jeu des acteurs et par une très belle BO signée Claire Denamur.

 

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