brokenbirdQuand les projecteurs s’abattent sur un jeune musicien, il trouve refuge auprès d’un ami qui lui offre son soutien. Ensemble, ils pensent qu’ils continueront de créer, de construire et de se protéger. Mais les amitiés de jeunesse s’effilochent parfois en devenant adulte…

 Cela faisait quelque temps que je n’avais pas eu l’occasion de vous présenter un coup de cœur musical, et c’est avec un vrai plaisir que j’évoque ici Refuge. Derrière ce nom de groupe fort poétique se cache en fait Florian B., que les fans de Nouvelle Star reconnaîtront. En effet, on a pu le voir arriver en finale de l’édition 2012-2013 de l’émission, face à la gagnante Sophie-Tith. Je garde un excellent souvenir de cette saison (à mes yeux la meilleure, mais je ne les ai pas toutes suivies), et en particulier de ces finalistes qui avaient été dès les auditions mes deux candidats préférés.

Après l’expérience Nouvelle Star, Florian a eu la bonne idée de ne pas se précipiter pour sortir un album de reprises à l’instar d’un grand nombre de candidats de télé-crochets. Il a pris son temps pour composer et mûrir son projet, sous le nom de Refuge. D’abord duo, le groupe s’est transformé et accueille désormais Louise Lhermitte à l’alto et au chant et Max Moro (basse, beatbox et chœurs). Une formation musicale originale pour un résultat qui l’est tout autant. Présenté comme « pop alternative », la musique de Refuge accueille des influences variées par petites touches : un beatbox façon « musiques urbaines », des arrangements planants entre la musique contemporaine et l’électro, un piano parfois jazzy au détour d’une gamme chromatique.

La base musicale qui ressort dans l’introduction et l’interlude est un piano mélancolique et délicat comme une bande-originale de film, qui soutient la voix tantôt aérienne tantôt puissante de l’interprète. La ligne de chant réserve des surprises, des notes inattendues qui pourraient passer pour des maladresses – ou pour la preuve d’une grande maîtrise technique. Ces audaces (que l’on entendra notamment dans « Nous sommes ensemble ») constituent un atout majeur : comme le répètent souvent les jurés des télé-crochets, ce sont les failles et les imperfections qui créent l’émotion. Et celle-ci est clairement présente dans ce disque construit au fur et à mesure que s’étiolait l’amitié qui en était à l’origine. Un sujet universel : je pense que nous avons tous vécu des relations amicales qui, pour être marquantes voire déterminantes, n’en étaient pas moins éphémères. La tristesse occasionnée par ce constat s’exprime en des mélopées lancinantes et des envolées vocales déchirantes, un mélange de douceur et d’intensité bien dosé qui réveille par instant l’oreille sans jamais l’agresser.

Une fois n’est pas coutume, c’est pour le single Where are you now que j’ai éprouvé un vrai coup de cœur. Pureté de la ligne mélodique, sincérité des paroles et cet extraordinaire alto joué pizzicato confèrent une aura de mystère et d’élégance à ce morceau. Sur la fin, le chant m’a rappelé Unintended, une chanson de Muse qui m’a pas mal marquée. Il n’y a pas de colère dans la musique de Refuge, comme l’expliquent les paroles, juste un chagrin dont la violence s’apaise à mesure qu’il s’exprime en musique.

De la sublimation freudienne bien comprise, au résultat beau et surprenant, comme un animal dont on n’aurait pas complètement apprivoisé la sauvagerie. Un seul regret : on en aurait voulu encore plus que les sept titres qui composent ce premier opus prometteur et riche. Si l’oiseau du titre est brisé façon albatros baudelairien, que les membres de Refuge se rassurent : on prédit à ce tout jeune groupe encore plein de belles envolées musicales !

Trois questions à… Florian, auteur-compositeur-interprète de Refuge

J’ai contacté Florian via les réseaux sociaux afin de pouvoir écouter son album en avant-première et lui poser quelques questions. Étant un peu plus vieille que lui, je me permets de le tutoyer dans mes questions (ça ne me rajeunit pas !).

  • D’où vient le nom de l’album, Brokenbird ?

Brokenbird est aussi le nom de la troisième chanson du disque, en duo avec Louise. Cette chanson parle de sentiments, ou plus exactement d’absence de sentiment. Il est question de vide, de déconnexion avec soi et avec l’autre. L’oiseau est une image qui m’a été chère ces dernières années, tant elle évoque à la fois la liberté, la pureté, et une forme de spontanéité, de beauté dans l’essence même de l’être. C’est pourquoi l’image du « Brokenbird » me paraissait appropriée, marquant ce point de rupture, un passage violent de l’évidence à la perte de repères.

  • Sur cet album, tu chantes essentiellement en anglais sur des mélodies mélancoliques. Peut-on imaginer t’entendre un jour sur des textes en français et des chansons plus légères ?

Ça m’est arrivé d’écrire spontanément en français. C’est assez rare, et j’essaie de ne pas me forcer, de laisser sortir les choses comme elles viennent. Il y a une grande pression en ce moment autour des artistes indépendants, la mode est en effet portée vers une chanson francophone et d’apparence légère. Ça ne me déplaît pas, mais j’aurais peur de me retrouver dans ce registre pour des mauvaises raisons.

  • Je trouve qu’il y a un côté cinématographique dans l’album, assez proche d’une bande-originale : est-ce que cela te plairait de composer des musiques de films ?

J’adorerais travailler pour des musiques de film. Dans mon processus d’écriture d’un morceau, il y a toujours une scène de vie, une image qui en tisse la trame. Ravi en tout cas que ça puisse se déceler à l’écoute du disque !

Question bonus :

  • Toujours en contact avec Sophie-Tith ? Un duo avec elle, ce serait envisageable sur un prochain album ?

Toujours en contact oui ! On se croise de temps en temps. Elle m’a notamment rejoint en octobre dernier sur scène le temps d’un duo. Je ne sais pas tout à fait encore de quoi sera fait le prochain disque, mais on ne s’oublie pas, c’est certain !

Un grand merci à Florian pour ses réponses et sa simplicité.

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