Jane1795, Hampshire. Alors que la famille Austen rencontre des difficultés financières, un voisin fortuné demande la main de Jane. Mais celle-ci refuse d’épouser un homme qu’elle n’aime pas. Un cousin dissolu et désargenté des Lefroy, voisins des Austen, arrive alors dans la région…

Portée par mon enthousiasme du moment pour les films d’époque, j’ai décidé de revoir Jane, un long-métrage de Julian Jarrold que j’avais beaucoup aimé la première fois (et pourtant je ne suis pas fan des biopics, vous le saurez !).

Je dois préciser que je n’ai jamais lu les romans de Jane Austen (cela viendra sans doute un jour), mais que j’ai vu toutes les adaptations de la BBC (et quelques autres, d’ailleurs). Suffisamment en tout cas pour connaître à peu près l’univers de la romancière anglaise, et pour savoir déceler dans sa biographie romancée les détails empruntés à ses œuvres, comme autant de clins d’œil amusants.

En découvrant ce film, j’avais aimé l’idée que la réalité pouvait dépasser la fiction, et j’avais songé que l’histoire de Jane, si tant est qu’elle soit réelle (bien que fondée sur quelques détails connus, l’histoire semble en grande partie romancée), valait bien celle de ses héroïnes en termes de passion et de rebondissements. Il faut dire qu’Anne Hathaway met du cœur à l’ouvrage pour rendre son personnage crédible, et que, face à elle, le demi-sourire insupportable et ravageur de Lefroy est fort bien porté par James McAvoy (qui sera toujours à mes yeux l’attachant Mr Tumney de Narnia).

Cela dit, la romance impossible de Jane et Tom m’a fait moins d’effet en la redécouvrant à quelques années d’intervalle. Je m’étais tellement persuadée du tragique de la situation que j’en ai été moins frappée, et que la vie de Jane ne m’a pas semblé si misérable.

Ce qui m’a le plus séduite dans ce film, c’est d’assister à l’émergence du talent de la romancière, qui comprend peu à peu qu’il faut du temps, du travail et des sacrifices pour devenir un grand écrivain. C’est en s’aventurant dans des lectures peu conventionnelles pour une jeune fille, en ressentant des sentiments inédits, en étant confrontée à des drames personnels et à des choix cornéliens, mais aussi en affirmant ses résolutions et en établissant l’ordre de ses priorités que Jane la fille à marier se transforme en Jane Austen, la grande romancière. À l’époque, en dépit de ce qu’affirme Mrs Radcliffe, il n’est quasiment pas possible de concilier une vie d’épouse et de mère et une carrière d’auteur. Jane doit donc choisir, en quelque sorte, entre son bonheur privé ou celui de ses personnages. Bien sûr, ce choix reste conditionné par des circonstances extérieures propres à l’époque (notamment des questions financières) mais il n’en est pas moins le sien.

Becoming Jane, le titre original de l’œuvre était on ne peut plus juste : il s’agit bien ici pour la jeune fille de devenir la femme admirée encore des siècles plus tard pour sa plume. Plutôt qu’un film romantique, le biopic est en fait un récit d’apprentissage, celui d’un passage à l’âge adulte peu conventionnel dans l’Angleterre du XVIIIe siècle.

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