RoomJack a 5 ans. Toute sa vie, il l’a vécue entre les quatre murs de la pièce qu’il partage avec sa mère, Joy. Tous les dimanches, Old Nick leur apporte des provisions. Le temps s’écoule au rythme des rêveries de Jack et de la télévision… Jusqu’au jour où Joy apprend à son fils que le monde ne se limite pas à leur « Room ».

Movie challenge 2016 : un film ayant obtenu un Oscar (Brie Larson, meilleure actrice 2016)

Sans avoir lu le livre d’Emma Donoghue ni vu la bande-annonce, je trépignais d’impatience à l’idée de voir Room. Je savais en réalité très peu de choses de ce film mais la présence en tête d’affiche de Brie Larson, oscarisée et lauréate d’un Golden Globe pour ce rôle, suffisait à m’appâter. Si pour beaucoup de Français, la jeune femme était encore une inconnue, pour ma part, elle était l’héroïne bouleversante du prenant States of Grace, mon coup de cœur de 2014.

Dès les premiers instants, le spectateur est plongé dans le quotidien de Jack, par la voix duquel se déroule le récit, et de sa mère. Enfermés dans une pièce miteuse où les toilettes voisinent avec la cuisinière et où l’enfant dort dans un placard, tous deux occupent leurs journées comme ils le peuvent. Brie Larson est impressionnante dans l’énergie qu’elle déploie à incarner cette mère courage qui subit des viols réguliers (dont son fils est le fruit) et persiste pourtant à construire pour son enfant un monde merveilleux. Activités sportives, cuisine, travaux manuels, séances de lecture, le programme mis en place par Joy permet à son fils de développer son corps et son esprit en dépit du faible espace et du peu de moyens disponibles. L’enfant fait d’ailleurs preuve d’un imaginaire et d’une créativité fascinants compte tenu de ses conditions de vie. Ses réflexions pleines de poésie enfantine constituent le fil rouge de cette histoire non dénuée de suspens.

En effet, on aurait pu craindre que l’unité de lieu imposée par le sujet du film ne génère l’ennui, mais Emma Donoghue (au scénario) et Lenny Abrahamson (à la réalisation) ont su créer un univers coloré et vivant qui allège la réalité que recouvre cette situation : celle d’une séquestration de sept ans et d’abus sexuels réguliers. Que ceux que la gravité du sujet rebuteraient se rassurent : Room n’est vraiment pas un film glauque et sombre. La situation l’est, mais pas son traitement cinématographique, qui met l’accent sur l’espoir. En revanche, j’ai déploré l’invasion d’une musique assez sirupeuse durant certaines scènes capitales du film. La force du propos n’avait pas besoin de cela, d’autant que le jeu des deux acteurs principaux transcende déjà le scénario.

Car si Brie Larson mérite son Oscar pour cette performance pleine d’émotion et de dignité qui la montre pâle, cernée, en pyjama mais tenant bon pour son fils malgré tout ce qu’elle a enduré, son partenaire, en dépit de son très jeune âge, aurait au moins pu être nominé. À la fois plein de fraîcheur et de maturité, tel un Petit Prince enfermé, le jeune Jacob Tremblay est absolument lumineux et d’une justesse hallucinante. Son regard magnétique et son courage font de Jack un personnage presque surhumain, prêt à tout pour sauver sa mère.

ALERTE SPOILERS 

Je sais que la bande-annonce du film en dévoile beaucoup mais je préfère prévenir car pour ma part j’étais contente de ne pas trop en savoir en découvrant le film. J’aurais sans doute moins vibré pendant la scène charnière, celle de l’évasion de Jack, si j’en avais connu l’issue. À l’intensité de la découverte du monde extérieur et des retrouvailles de Joy avec sa famille succèdent les difficultés de l’adaptation au « dehors », et cette seconde moitié du film, qui quitte l’univers onirique de la « Room » pour la réalité (d’une violence différente) est vraiment passionnante. Trop souvent on s’arrête au happy end dans ce genre de faits divers. Mais que ce passe-t-il après la délivrance ? C’est toute la force du film de parvenir à évoquer les embûches de la reconstruction, à commencer par le harcèlement médiatique. Le traitement des journalistes m’a fortement rappelé celui qu’en faisait David Fincher dans Gone Girl (un des aspects que j’avais préférés dans ce film). On découvre également dans cette partie du film une palette de personnages secondaires émouvants : la mère d’une patience sans limites, le père incapable de voir en son petit-fils autre chose que le produit d’un viol, le beau-père investi et malicieux.

Sur un sujet très délicat, ce film, sublimé par la prestation de ses interprètes, réussit à n’être jamais pathétique et à combiner émotion poignante, poésie parfois drôle, et extraordinaire message d’espoir.

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