MustangLale et ses quatre sœurs aînées s’amusent en rentrant du dernier jour d’école. Mais lorsqu’on apprend, dans leur petit village du nord de la Turquie, qu’elles se sont amusées dans l’eau avec des garçons, leur oncle décide de reprendre en main leur éducation…

Movie challenge 2016 : un film ni en français ni en anglais (turc)

J’avoue avoir péché par ignorance lors de la sortie de Mustang. Je n’avais décelé ni la Turquie contemporaine, ni la sororité, ni le drame derrière ce titre qui m’évoquait plutôt l’Amérique d’un Spirit, l’étalon des plaines.

Mais, récompensé notamment du César du meilleur scénario original et du meilleur premier film, le long-métrage franco-turc a fini par attiser ma curiosité (d’autant plus que j’ai vu fleurir en nombre les critiques sur la blogosphère). J’ai vu ce film en famille et je pense que c’était d’autant plus touchant, car cela m’a permis de vraiment ressentir la différence radicale de traitement entre ces jeunes filles et nous, Françaises (en tout cas pour celles qui comme moi ont bénéficié d’une famille aimante et à l’écoute).

Car très vite, au vent de joie et de liberté qui souffle sur la plage en cette fin d’année scolaire, succède une ambiance confinée de plus en plus pesante, comme un étau qui se resserre autour des cinq sœurs. Toutes belles, élancées et enveloppées dans leurs longues chevelures, les jeunes filles sont tellement proches en âge qu’on a d’abord du mal à les dissocier. D’ailleurs, elles sont souvent physiquement très proches, lovées les unes contre les autres comme une portée de chiots. Leur amour sororal et leur complicité permettent au spectateur de les trouver d’emblée attachantes. À l’inverse, leur oncle, qui commence par crier sur sa propre mère, est tout de suite antipathique. Pour autant, on ne peut pas vraiment reprocher au film de manquer de nuances, car certains personnages sont ambivalents, comme les femmes de la familles, grand-mère et tantes, qui essayent à la fois de protéger les jeunes filles et de sauver la réputation de la famille.

L’atmosphère générale du film et les cinq sœurs m’ont forcément fait penser à Virgin suicides (ce qui ne veut pas dire que la fin est la même !). Cette comparaison insidieuse rajoute à la tension du spectateur qui s’imagine forcément que le pire va se produire. Mais si j’avais été très déçue par le film de Sofia Coppola, j’ai été beaucoup plus touchée par celui de Deniz Gamze Ergüven. Sans doute parce que le suspens est présent même dans les scènes les plus calmes, mais aussi parce que le propos est plus directement engagé et surtout grâce au charme des interprètes, en particulier la jeune Güneş Nezihe Şensoy (Lale). Son prénom signifie « tulipe », et il est vrai que la benjamine de la famille a le charme sauvage de cette fleur sans artifices. Franche et directe, malicieuse et idéaliste, elle est en dépit de son jeune âge la plus courageuse des sœurs, celle pour qui renoncer à sa liberté est absolument exclu. C’est par ses yeux que l’on découvre le quotidien des filles, ce qui explique l’absence d’informations sur certains personnages dès qu’ils sont éloignés d’elle. Ce choix est cependant judicieux car il apporte au film une forme de fraîcheur malgré la gravité du sujet abordé.

Si la réalisatrice a expliqué que c’est une anecdote vécue qui est à l’origine du film et que la condition féminine en Turquie ne s’améliore pas forcément, je voudrais quand même insister sur le fait que le film se déroule dans un village reculé, et que, comme les filles l’espèrent, la vie à Istanbul, par exemple, est beaucoup plus libre et proche de la nôtre. D’ailleurs toutes les jeunes actrices du film ont bien précisé que leurs conditions de vie ne ressemblaient pas à celles de l’histoire. Ceci dit afin de ne pas stigmatiser ce pays et de plutôt mettre l’accent sur la portée universelle du message de ce film important.

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