SuitefrançaiseBussy, 1940. Alors que son mari est au front, Lucile vit dans la maison bourgeoise de sa froide belle-mère, Madame Angellier. Après l’arrivée d’une vague de réfugiés en provenance de Paris, l’armistice amène dans le paisible village un régiment de soldats allemands qui doivent être hébergés… 

Movie challenge 2016 : Un film adapté d’un livre

Après mes coups de cœur pour Royal affair et Loin de la foule déchaînée, j’ai poursuivi mon rattrapage des récentes fresques historiques avec Suite française. J’ai toujours du mal avec les films qui se déroulent durant la Seconde Guerre mondiale, je trouve qu’il y en a trop et qu’ils finissent par tous dire la même chose.

Quelque part, celui-ci n’échappe pas à la règle du déjà-vu, puisque, dès l’arrivée des soldats allemands dans le village, et plus particulièrement du lieutenant von Falk chez les Angellier, on voit se profiler la suite de l’histoire. En effet, la trame narrative principale qui voit naître un rapprochement entre la jeune Française et le soldat allemand autour de leur goût commun pour le piano évoque très fortement Le Silence de la mer. Le doute persiste quant à une inspiration directe : Irène Némirowsky aurait achevé le deuxième tome de sa saga (celui dont est tiré le film) en juillet 1942, alors que le roman de Vercors était paru en février de la même année. En tout cas, pour qui a vu l’adaptation en téléfilm du Silence de la mer, la ressemblance entre les deux histoires est flagrante.

Néanmoins, je n’ai pas boudé mon plaisir devant ce très beau film qui doit énormément à ses plans intelligents et empreints de sensibilité. Saul Dibb, habitué des films historiques, sait filmer les détails révélateurs tels que le tremblement d’un lustre ou la clé d’un piano. Mais en spécialiste des portraits féminins (The Duchess), il réussit également une parfaite mise en valeur de ses actrices. Grâce à des gros plans intenses, j’ai pleinement découvert la mesure de la grâce et du talent de Michelle Williams (que j’avais jusqu’ici honteusement considérée comme la veuve du regretté Heath Ledger). Qu’elle contienne des larmes ou un sourire, la jeune Lucile est incarnée avec retenue et pourtant intensité par son interprète. Face à elle, Kristin Scott Thomas, d’une élégance absolue comme toujours, campe une femme autoritaire apparemment sans cœur, mais certainement pas dépourvue de sens du devoir.

Au sein de cet intéressant duel de femmes vient s’immiscer le lieutenant allemand, joué par Mathias Schoenaerts. Le Belge semble décidément habitué aux rôles d’hommes dignes et silencieux, qui prouvent leurs sentiments plus qu’ils ne les déclarent. Il est cependant un peu éclipsé par l’aura de sa partenaire, à l’inverse du Silence de la mer dans lequel Julie Delarme peinait à soutenir le niveau de jeu de Thomas Jouannet.

Sans grande originalité du côté du scénario, même si le suspens demeure jusqu’au bout sur le sort des personnages principaux, le film vaut surtout par le choix de ses interprètes et sa remarquable photographie. J’ai regretté la bande-son qui en fait un peu trop au niveau des effets, et le choix de ne pas conserver la voix de Kristin Scott Thomas dans la version française (du coup, j’ai décidé de voir le film en VO, un peu troublée tout de même d’entendre les habitants de Bussy s’exprimer en anglais).

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