JungleMiguel Bonnefoy, écrivain franco-vénézuélien, décide de partir dans son pays d’origine pour un trek au milieu de la jungle conduisant au sommet du Kerepakupai Venà, la montagne abritant la plus haute cascade du monde.

Jungle est un type de récit assez éloigné de mes lectures habituelles comme il ne peut s’en trouver dans ma bibliothèque qu’à la suite des formidables opérations « Masse critique » de Babelio. Entre deux titres déjà repérés, j’ai glissé ce petit récit d’exploration, mi-intriguée par l’auteur, dont j’ai entendu beaucoup de bien à propos du Voyage d’Octavio (que je lirai certainement dans l’année), mi-attirée par ce voyage en environnement hostile façon Bear Grylls (Man VS Wild).

Dès les premières lignes, l’auteur annonce son projet : vivre une extraordinaire aventure humaine, et tenter de trouver les mots justes pour transmettre son expérience de la jungle vénézuélienne. Mais il le sait d’emblée « toutes les pages des bibliothèques ne peuvent rien devant l’architecture d’une fleur ». Vouée à l’échec, l’écriture d’un livre de la jungle aussi vrai que nature donne pourtant lieu à des réflexions intéressantes sur le rapport du mot à la chose et à l’émotion vécue, mais aussi à des descriptions poétiques (au point qu’on cherche parfois en vain le sens sous l’image).

Ce qui m’a plu, dans cette lecture, c’est finalement moins le décor, pourtant censé faire figure de personnage principal, que l’attitude de l’écrivain tel qu’il se dépeint. Absolument pas préparé à ce qui l’attend, c’est avec candeur et appréhension qu’il s’engage dans ce voyage initiatique. D’où des scènes cocasses qui le mettent en scène aux prises avec un rongeur, péchant par méconnaissance des us et coutumes locaux, ou manquant de s’écraser contre une paroi en rappel. L’autodérision assumée de Miguel Bonnefoy empêche le lecteur de se sentir écrasé par les descriptions de la touffeur de la jungle ou par l’ambition première de l’auteur. Finalement, la lecture devient plaisante, voire légère, comme un feuilleton découpé par les étapes du voyage. Il ne manque que les images à notre plaisir un peu sadique de voir le pauvre écrivain se ridiculiser.

Mais cette légèreté n’est sans doute qu’un moyen détourné de faire comprendre que l’essentiel n’est pas l’homme qui écrit, mais bien ce qu’il découvre. Une nature à la fois « luxuriante » et « sale », devant laquelle l’humain se souvient qu’il n’est que peu de choses. S’il tient à appeler la montagne par son nom antique, Kerepakupai Venà, ce n’est pas par posture mais bien dans un souci de respect, celui de la nature et des hommes qui la côtoient au quotidien, tels les petoys (porteurs), en toute humilité. Le récit est alors une forme d’hommage assez fidèle au projet de l’auteur lorsqu’il affirme : « Je me disais que la grande tâche de ce livre n’était pas de décrire la nature, mais de la servir. Il s’agissait de contribuer, d’une façon ou d’une autre, par le récit ou autrement, à un travail de sauvetage collectif, politique, et de rendre au pays ce qui devait lui revenir. »

Merci à Babelio et aux éditions Paulsen pour cet ouvrage reçu dans le cadre de Masse critique.

babelio

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