MadeinFranceIls s’appellent Christophe, Driss, Sidi et décident de partir en guerre contre la société occidentale de leur temps. Avant eux, Marco, Braguette et Grand-Guy avaient aussi choisi de répandre la violence autour d’eux. Deux extrêmes qui se rejoignent autant qu’ils s’opposent. 

J’ai choisi d’évoquer en un seul article ces deux films que j’ai vus à très court intervalle afin de mieux les comparer. Premier point commun entre eux – hormis la proximité de leurs titres –, les polémiques qui ont entouré leur sortie en salle (allant jusqu’à l’empêcher dans le cas de Made in France, disponible uniquement en VOD). Mais ces deux longs-métrages ont aussi des personnages centraux assez similaires, en dépit de leurs idéaux bien différents. Tous sont des jeunes en rupture avec ce que la société de leur temps leur propose comme avenir. Qu’ils viennent de milieux aisés ou défavorisés, ils se sentent visiblement perdus et n’ont que la violence comme exutoire.

Dans Made in France, on s’éloigne peu à peu du film social à tendance documentaire pour s’approcher du polar ou du thriller, au fur et à mesure que l’étau se resserre autour de Sam, le journaliste qui a infiltré un groupuscule djihadiste. Pris au piège entre ceux qui le prennent pour un « frère » et les policiers qui lui réclament toujours plus d’informations, le jeune père de famille risque gros. Le casting du film est assez inégal (j’ai trouvé qu’Hassan n’avait pas tellement le physique de l’emploi, même si son regard de psychopathe est effrayant), mais le choix de Malik Zidi est très bon : l’acteur rend son personnage crédible et cela donne un vrai suspens au film. C’est finalement davantage comme bon moment cinématographique que comme source d’information sur les djihadistes que l’on retiendra ce film. En effet, on en sait relativement peu sur les motivations de ces jeunes hommes prêts à sacrifier leur vie au nom de la guerre sainte. Lorsque le film commence, ils sont déjà convertis et convaincus, ce que j’ai un peu regretté. En revanche, Nicolas Boukhrief a su varier les profils de ses personnages et leur donner plusieurs facettes. Ainsi, le spectateur se prend parfois à sympathiser un instant avec certains dans leurs doutes et leurs souffrances, ou à rire de leur comportement (François Civil compose un personnage loufoque dont le ridicule peut vraiment amuser) malgré la gravité du sujet. Finalement, j’ai trouvé le film presque plus universel qu’actuel, et j’avoue ne pas trop comprendre qu’il ne soit pas sorti en salles. En tout cas, il mérite à mon sens d’être vu, sans être impérissable pour autant.

UnFrançaisOn a beaucoup parlé d’Un Français et j’étais curieuse de voir ce qui faisait tant parler. S’il est vrai que le réalisateur déploie un parcours de vie, celui de Marco (Alban Lenoir), qui renonce peu à peu à la violence pour une vie plus mesurée, et abandonne ses idées fascistes au profit d’une solidarité bienvenue, j’ai eu du mal à dépasser l’impression laissée par les premières scènes : celle d’un dégoût profond. Si le réalisateur ne juge pas, le spectateur lui, aura parfois bien du mal à en faire autant. Difficile de trouver des circonstances atténuantes à ces personnages dont la violence touche au sadisme (la scène du détergent est assez traumatisante de ce point de vue). Si j’ai trouvé intéressants certains personnages secondaires, comme Kiki (Jeanne Rosa) ou le pharmacien (Patrick Pineau) qui fait découvrir la nature à Marco, j’ai regretté le montage haché qui perd le spectateur dans le temps et l’espace et la tendance « tire-larmes » qui s’accentue au fil du film. Ce Français a décidément une vie bien triste et son parcours, malgré son amendement, manque à mes yeux d’une forme de transcendance qui aurait donné plus de poids au film. Dommage, car le sujet était intéressant, et on pouvait s’attendre à plus de finesse et de profondeur pour un long-métrage produit par Philippe Lioret, le spécialiste français du film social.

Sur la question de la radicalisation des jeunes, je recommande La Désintégration de Philippe Faucon, un film un peu plus ancien mais toujours d’actualité.

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