jupeetpantalonMirabelle et Marguerite sont deux amies inséparables, et pour cause : ce sont les deux jambes d’Agathe, une fillette active puis une jeune femme dynamique. Mais les choix d’Agathe ne sont pas toujours faciles pour les différentes parties de son corps, qui se rebellent lorsque la situation ne leur convient pas…

C’est sur mon fil Twitter que j’ai repéré ce premier roman paru chez Alma. Comme cette maison m’a souvent valu de jolies découvertes, j’ai voulu me plonger dans ce livre original.

J’ai trouvé l’idée de départ vraiment intéressante, inédite et drôle. Comment se compose un corps du point de vue de ses membres ? La focalisation adoptée m’a rappelé le récent succès de Vice-Versa qui explorait le fonctionnement du cerveau vu par les émotions qui s’y trouvent. Ici aussi, l’idée est plutôt bien tenue durant toute la première partie du livre qui a su me séduire par son humour, ses jeux de mots, ses expressions détournées et le caractère bien développé de chaque « protagoniste ». L’histoire du corps d’Agathe est ponctuée de rebondissements qui tiennent en haleine le lecteur.

Cependant, j’ai un peu moins adhéré à la deuxième partie, lorsque la focalisation quitte les membres pour se concentrer sur Agathe tout entière. Les enjeux qui découlent de ce changement de point de vue ne m’ont pas vraiment touchée. L’explication du titre du roman, qui arrive assez tardivement, fait en effet basculer le livre du côté d’un questionnement sur la place de la femme dans la société. On sent que la question importe vraiment à l’auteur, qu’il s’agit d’une réflexion intime. Pour autant, j’ai continué à préférer les incursions des différents membres dans l’histoire, notamment lors de certains passages assez drôles (comme les crises de somnambulisme).

J’imagine que ce qui m’a manqué est de me retrouver dans le personnage d’Agathe. Peut-être est-ce justement parce qu’on ne l’a d’abord considérée que dans ses diverses « parties » que j’ai eu du mal à accrocher à l’histoire de la personne entière. Ou peut-être ai-je été un peu dérangée par la relative fadeur des personnages secondaires. Par exemple, la jeune femme clame qu’elle aime ses enfants mais ceux-ci ne sont jamais évoqués que par les nuisances qu’ils lui causent, ou au mieux, par leur odeur enfantine. Sans prénoms, sans identité propre, ils apparaissent plus comme un problème qui freine l’épanouissement de la femme, que l’on ne voit jamais réaliser des activités agréables en leur compagnie. De même, l’homme est réduit à ses manquements, ses défauts, ou au mieux ses attraits sexuels.

Mais le pire fardeau qu’Agathe ait à porter est sans nul doute son travail. Soumise à une pression constante, elle y est perpétuellement jugée (y compris sur son apparence et sa vie privée), mise en concurrence et en butte à des tâches ennuyeuses qui ne l’épanouissent pas. C’est pourquoi j’ai été si étonnée de la tournure prise par la vie d’Agathe après son « burn-out ». Sans vouloir dévoiler la fin du récit, j’ai trouvé vraiment triste la façon dont le personnage résout la « crise ». J’ai aussi regretté que le point de vue des différentes parties du corps s’estompe peu à peu, comme si elles n’avaient plus leur mot à dire.

Bref, une lecture en demi-teinte pour moi car l’enthousiasme que j’avais éprouvé lors de la première partie s’est peu à peu dilué. Mais il s’agit d’un premier roman, et Julie Moulin a sans nul doute les qualités nécessaires à produire d’autres livres intéressants : un style particulier, des idées originales et la volonté de réfléchir à des sujets actuels. À suivre, donc…

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