lesnouveauxsauvagesUn psy qui augmente brusquement ses tarifs, une insulte au volant, un véhicule emporté par la fourrière, il en faut peu parfois pour que l’homme civilisé de la société contemporaine retrouve ses instincts les plus sauvages… 

Un peu effrayée par la bande-annonce accumulant les moments les plus violents et déjantés du film, j’avais fait l’impasse sur Les Nouveaux sauvages à sa sortie en salles, malgré sa sélection à Cannes et aux Oscars.

Cependant, en quête d’une comédie sur les « pétages de plombs » et autres burn-out que peut engendrer la société contemporaine, j’ai fini par retomber sur ce long-métrage hispano-argentin.

Et ce fut une bonne surprise. Pas particulièrement cliente des films à sketches habituellement, j’ai trouvé que celui-ci fonctionnait très bien et que les exemples choisis étaient on ne peut plus pertinents. Le réalisateur a su capter toutes les exaspérations, vexations et agacements du quotidien qui contribuent à rendre les gens agressifs ou fatigués habituellement. Mais ici, certains ne savaient pas à qui ils avaient affaire…

Car ces « nouveaux sauvages » ne sont pas des gens comme les autres. Là où nous nous contenterions de râler, ils passent à l’action sous une forme violente et démonstrative, ce qui produit un effet de catharsis assez jouissif pour le spectateur qui se surprendra à encourager les protagonistes dans leurs excès. Il faut dire que certains personnages ont déjà un passif avant la situation qui dérape, à l’instar de la cuisinière ex-taularde.

Cependant, toutes les situations ne sont pas à mon sens aussi réussies les unes que les autres. Le film connaît ainsi quelques moments de creux où il patine un peu (notamment lors de l’histoire de la proposition faite au jardinier). Au contraire, certains récits sont particulièrement bien menés tels que l’histoire de « Bombita », ce salarié d’une entreprise de démolition qui perd tout à cause d’un enlèvement de véhicule par la fourrière.

Plus que son humour grinçant, qui ne fera sans doute pas l’unanimité, le film a pour lui une vision acérée des travers d’une société qui pousse les gens à bout et dans laquelle tout s’achète. Si l’on cherche à la source ce qui fait disjoncter les personnages, on retrouve souvent des questions financières : si Cuenca n’avait pas effectué de malversations, le père de la serveuse ne se serait pas suicidé, si Simon avait eu largement les moyens de payer la fourrière, peut-être ne s’en serait-il pas soucié. Ici, l’humiliation rime souvent avec un paiement indu. Quoi d’étonnant alors à ce que les plus mal lotis cherchent à faire payer les autres d’une autre manière ? C’est aussi la question de la dignité qu’évoque Szifron dans son film. On se croirait parfois revenu à l’époque où jeter un gant au visage de quelqu’un entraînait un duel à mort. Fondamentalement, ce que nous apprend le film, c’est que la violence, physique ou psychologique, fait partie de nos instincts primaires. Plus la société tente de l’étouffer au quotidien, plus grand est le risque de la voir ressurgir de façon brutale et spontanée. Nul n’est à l’abri de disjoncter un jour… Quant à savoir si l’explosion sera dramatique ou salutaire, laissons au spectateur le suspens que le film parvient à maintenir à chaque nouvelle scène.

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