Mots-clés

Avec luiQuand Marie rencontre Paul, elle est déjà en couple et il cherche à oublier que sa femme l’a quitté. Si leur passion leur semble évidente, elle n’en est pas moins vouée à l’échec. 

Issu de la rentrée littéraire d’Alma, au même titre que La Variante chilienne, Avec lui. m’avait attiré pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’il s’agit d’un premier roman, celui de Nathalie Poitout, qui ne révèle d’elle que son goût pour les framboises et le caramel. Ce mystère me séduisait, de même que le point venant clôturer ce titre bref et élégant.

D’autre part, le roman traite d’une histoire d’amour, sujet fondamental et inépuisable de la littérature. Ici, on entre de plain-pied dans un quotidien, celui de Paul et Marie, dont la rencontre ne sera dévoilée qu’a posteriori. Rapidement, on sent que la passion, physique et intellectuelle, qui anime ce couple entre deux âges, cache un profond malaise qui aura forcément raison de leur relation.

L’homme, qualifié de « pervers narcissique » par sa première épouse, est surtout un égocentrique sans pitié, capable des remarques les plus mesquines et des comportements les plus lunatiques envers la jeune femme qui tente de l’aimer. C’est donc naturellement que le lecteur sera tenté de reporter la faute de l’échec sur lui, et de plaindre celle qui a essayé de partager sa vie.

Mais la femme, on le découvre peu à peu, a aussi ses torts. Idéaliste et immature, elle ne sait pas qui elle est et attend d’un homme qu’il la définisse. Tombée trop jeune entre les bras de séducteurs qui ont voulu la modeler selon leurs désirs, elle se veut infirmière de Paul et croit qu’elle pourra à force d’amour combler la faille qu’une autre a laissée.

Avec finesse, Nathalie Poitout analyse les torts et les travers de ces deux protagonistes, extérieurement fort charmants : Paul est très à l’aise en société, son érudition et son cynisme font mouche auprès de ses élèves comme de ses amis, Marie enchante son entourage par son sourire et son dévouement.

Si la psychologie des personnages est solide et le maniement du récit habile, entre ellipses, scènes clés et flashbacks, j’ai tout de même eu quelques réserves face aux protagonistes et au milieu dans lequel ils évoluent. C’est un univers très parisien, bourgeois et cultivé, dans lequel aucun choix de vie ne semble dicté par des contraintes matérielles, aucune activité professionnelle suffisamment capitale pour avoir un impact sur le couple. Tous les personnages évoqués portent des vêtements de qualité, ont pour loisir la lecture d’œuvres littéraires classiques, la visite d’expositions variées ou des conversations entre gens de bonne compagnie. C’est une caractéristique que j’ai plusieurs fois retrouvée dans des romans évoquant le couple et cela me chagrine un peu : comme si l’amour était un problème de riches qui ont suffisamment peu d’ennuis par ailleurs pour se permettre de s’en créer.

Par ailleurs, j’ai un peu regretté le voyage de l’héroïne, qui a besoin de traverser la moitié du globe pour apprécier la vision d’un paysage calme et la caresse du vent sur son visage. On se croirait dans Mange, prie, aime, qui a contribué à populariser l’idée que le déplacement géographique était la condition nécessaire à la vision juste de sa place dans le monde.

Si l’on accepte ces postulats, Avec lui. reste un roman sur l’échec amoureux bref et élégant, comme son titre.

Publicités