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CVT_Je-ne-veux-pas-dune-passion_1810Elle pensait avoir rencontré l’homme de sa vie, mais il la quitte brusquement, la forçant à se remettre en question et à évoquer la figure d’un père omniprésent dans sa vie.  

Après Les Fidélités, premier roman remarqué par son point de vue original – l’adultère raconté par le mari coupable – Diane Brasseur s’attaque de nouveau à un sujet touchant la psychologie amoureuse : comment construire une histoire d’amour d’adulte ?

Son héroïne, présentée comme fragile et immature, rêve du prince charmant et croit l’avoir trouvé en la personne d’un homme en caban qui la rassure et lui fait vivre des scènes follement romantiques, comme ce moment sur les marches du Sacré Cœur où elle en oublie de surveiller son sac.

La naïveté du personnage prête à sourire, mais pourrait agacer parfois. Candide et passionnée, elle finit d’ailleurs par fatiguer son amoureux qui souhaiterait une relation moins violente, plus adulte. À moins que ce ne soit l’inverse ? La passion, c’est aussi la souffrance, comme celle de Jésus sur la Croix : et si c’était l’homme qui, refusant de prendre le risque de souffrir en s’attachant entièrement à l’autre, faisait preuve d’une frilosité peu virile ?

Plutôt que de tenter de répondre à cette question, Diane Brasseur choisit d’évoquer le passé de la narratrice, et en particulier une figure fondamentale dans sa vie, celle de son père. Un homme protecteur et drôle, original et imposant, qui a marqué tous les moments forts de la vie de sa fille, mais aussi son quotidien. Le lecteur sent alors poindre la vieille question du complexe d’Œdipe (d’Électre, en l’occurrence). Et si le problème de cette jeune femme était l’amour inconditionnel voué au père ?

Le parallèle développé entre les chapitres consacrés au père et ceux évoquant la relation amoureuse incite le lecteur à concevoir ainsi la nature du blocage de la jeune femme dans sa vie amoureuse. Pourtant, il serait dommage de se limiter à cette lecture assez peu originale de la situation. Car peu à peu, ce qui se dessine est moins l’adoration pour le père que l’héritage qu’il a transmis à cette jeune femme excessive et passionnée. Devenir adulte, c’est certes couper le cordon, mais c’est aussi comprendre que nous sommes le produit d’une éducation. Impossible de renier ce père qu’elle aime tant, mais pas de travailler sur soi pour évoluer.

C’est là que la fin du livre apparaît comme une jolie surprise, qui permet à l’héroïne de prendre, enfin, une vraie décision, et de cesser de s’apitoyer sur son sort. Il aura fallu attendre la dernière page pour que le titre et les deux versants du récit s’imbriquent et coïncident vers l’ultime phrase, qui agit comme un révélateur. Un tour de passe-passe réussi qui confirme la découverte Diane Brasseur.

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