NEESKENSIl était une fois un voyageur plein de douceur inspiré par la beauté du monde. Mais dans la nature, que doit faire l’homme pour trouver sa place ? Aimer et être aimé ? Tout sacrifier à son devoir ? Laisser parler son instinct ?

J’ai beau trouver plein de défauts au télé-crochet de TF1, The Voice est tous les ans l’occasion de jolies découvertes musicales, qui se suivent sans se ressembler. L’an dernier, j’avais adoré l’univers ensoleillé et cool des Frero Delavega (qui m’ont d’ailleurs accordé une interview, à lire ici).

Cette année, je ne pouvais pas manquer d’évoquer ici l’album éponyme de Neeskens, sorti sur iTunes et autres plateformes digitales. Dès les premières notes de « Wicked Game », mes oreilles ont su qu’elles avaient trouvé leur chouchou de la saison. Ce qui m’a plu dans son interprétation, et que j’ai retrouvé par la suite à chacune de ses prestations, c’est avant tout sa simplicité. Une voix franche qui ne cherche pas les effets superflus et un jeu de guitare fluide qui vont à l’essentiel : l’émotion. En faire moins pour provoquer plus, voilà quelqu’un qui a tout compris.

Cette sobriété et cette humilité transparaissent également dans les morceaux de son premier EP, Groenlo. Peu d’instruments, des mélopées douces qui jouent facilement le rôle de musique d’ambiance et un mélange de sentiments, entre le drame (Lucy) et une forme de résignation (« Life is easy, it goes fast, so fast », Falling down). Quelques notes vaguement orientales et des noms de villes néerlandaises (« Apeldoorn », « Amersfoort ») invitent au voyage. Ce n’est pas pour rien que le musicien a choisi le pseudonyme légèrement imprononçable de Neeskens : on le sent porté par l’influence de ses origines hollandaises.

Pour l’album, Neeskens a su à la fois conserver le charme délicat de ses premières ballades (« Jesus is a horse ») et révéler d’autres facettes de son talent. En effet, certains de ses titres jouent encore de l’effet « carte postale » et nous emmènent non seulement aux Pays-Bas mais aussi au Canada (« Mont-Royal ») et en Alaska (« McKinley »). D’autres s’éloignent de la folk mélancolique et tendre qui m’avait d’emblée séduite pour proposer des arrangements plus amples ou un rythme plus enlevé (« Old brother »). Dans un anglais poétique, le chanteur se questionne et nous interpelle (« Old Brother, you realize your life ») sur les aspects fondamentaux de la vie de l’homme : l’amour (« Avalanche »), le rapport à la nature, la croyance, l’engagement (« Volunteers »). Des paroles intelligentes (parfois un peu énigmatiques), et des sonorités finalement variées d’une chanson à l’autre composent cet album de folk hors du temps. « Neeskens » n’est pas l’ « album de l’été », plutôt celui que l’on pourra toujours écouter dans dix ans tant ses chansons sont intemporelles.

Difficile de sélectionner des coups de cœur dans un album à la fois si varié et si cohérent. Moi qui trouve souvent que les singles sont les plus mauvais titres des albums qu’ils représentent, je dois avouer que le choix de « Where bridges end » me semble tout à fait judicieux. On y retrouve le thème du voyage ainsi qu’un mélange indescriptible de calme et d’élan, de tension dramatique et de douceur qui synthétise assez bien l’univers de l’artiste. J’ai aussi une prédilection pour « Goodbye », où l’on peut apercevoir derrière le sensible Jekyll qui domine l’album le blues du torturé Mister Hyde qui n’a pas peur de faire pleurer les filles. Ce morceau me fait penser à l’une de mes chansons favorites de Yodelice, « My blood is burning » : j’y retrouve cette élégance un peu cruelle et cette pulsation rythmique que j’ai toujours trouvé assez sensuelle.

Pour un premier album, c’est un travail déjà très abouti que nous propose Neeskens. Musicalité, intelligence, sincérité, il y a dans cet opus tout ce qu’il faut pour séduire vos oreilles !

Trois questions à… Neeskens

J’ai contacté Neeskens via son site, que vous pouvez visiter ici : http://www.neeskensmusic.com

  •  Plusieurs de vos chansons ont pour titre un nom de lieu ou d’élément naturel : connaissez-vous tous les lieux que vous évoquez ou vous arrive-t-il d’imaginer ? Les voyages sont-ils votre source première d’inspiration ?

Je connais tous ces lieux… plus ou moins…mais j’ai une attache particulière avec chacun d’entre eux. Les voyages sont une de mes sources d’inspiration. Sans doute la plus importante. Je suis né aux Pays-Bas et j’ai grandi au Québec d’où le choix de ces noms dont tu parles. McKinley… le seul lieu qui est imaginé…je rêve de m’y rendre un jour.

  •        Par rapport à l’EP ou à ce que l’on a pu découvrir dans The Voice, vous vous êtes entouré de plus d’instruments dans l’album, et la palette musicale est plus large, avec des titres calmes mais aussi d’autres plus entraînants. Cela a-t-il été naturel ou compliqué de faire évoluer les orchestrations ?

Cela n’est pas simple. Au départ, je m’accompagnais seul et étais seul sur scène. Mais petit à petit, la direction à prendre me semblait claire et l’ajout d’instruments s’est fait progressivement, de manière assez naturelle. Désormais, nous sommes 3 sur scène et nous essayons d’ajouter un violoncelle le plus souvent possible.

  •        Vous chantez essentiellement en anglais. Envisagez-vous d’écrire en français ou dans une autre langue un jour ?

Je chante essentiellement en anglais car mes inspirations sont anglo-saxonnes et j’adore la sonorité de cette langue. J’envisage de poursuivre le chant en néerlandais également.

Quelque titres en français devraient figurer sur le prochain disque. Je prends de plus en plus de plaisir à chanter en français même si je dois encore peaufiner l’écriture.

Un grand merci à Neeskens d’avoir répondu à mes questions.

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