CVT_Le-plus-petit-baiser-jamais-recense_4254Après une rupture douloureuse, Jack rencontre une femme dans un théâtre et échange avec elle le plus petit baiser recensé. Aussitôt, elle disparaît. Pour la retrouver, Jack peut compter sur l’aide du détective Gaspard Neige et sur le soutien de Louisa, la pharmacienne…  

De Mathias Malzieu, j’avais bien aimé La mécanique du cœur et plus encore son adaptation cinématographique tout en animation et en finesse. Un peu moins séduite par le très sombre Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, j’ai mis longtemps à lire Le plus petit baiser jamais recensé. Pourtant, lorsqu’on me l’avait offert, j’avais été ravie par ce bel objet plein de poésie avec sa couverture ébouriffante et les pages intérieures rouges de l’annexe sous forme de recueil de poèmes.

Ce très beau travail éditorial est un écrin approprié pour un texte à la fois proche et différent des précédents romans de l’auteur. Présenté comme la « suite métaphorique » de La mécanique du cœur, ce livre présente en effet des similitudes avec son aîné : le narrateur, s’il n’est jamais clairement nommé, semble bien toujours être le même petit personnage roux écureuil, avatar de Mathias Malzieu himself, présent dans ses autres livres. Nous retrouvons donc le petit Jack, ou du moins son double, dans une nouvelle aventure sentimentale.

Car l’amour est la grande affaire qui occupe le narrateur. S’il n’est plus ici question de risquer de briser son cœur-horloge, c’est que le mal est fait : c’est avec un trou d’obus béant dans la poitrine, dû à l’explosion de sa relation avec la « bombe d’amour » (probablement Miss Acacia), que le personnage promène sur les trottoirs parisiens sa carcasse d’inventeur désenchanté. Jusqu’à sa rencontre avec l’inconnue qui disparaît quand on l’embrasse…

On retrouve alors dans le roman toute l’inventivité qui caractérise l’univers de Malzieu : des animaux improbables (un perroquet magnétophone, des écureuils de combat), des plantes extraordinaires (l’arbre à harmonica, celui à barrettes) et des recettes qu’on rêverait de goûter (le baiser en chocolat). Comme toujours, la poésie de ces trouvailles emporte le lecteur dans l’épopée de son héros maladroit et faillible, terriblement humain au milieu de cet univers de conte de fées moderne.

Si j’avais parfois trouvé dans les précédents livres que l’absurde faisait obstacle à la compréhension de l’histoire ou à l’émotion, ici le dosage est savamment maîtrisé : une tasse de fantaisie, un soupçon de dinguerie, une louche de dilemme, un litre de mélancolie, et surtout, beaucoup d’amour. En résulte un plat savoureux, un petit roman où la métaphore transcrit la réalité des difficultés de la vie sentimentale d’un trentenaire qui aimerait ne plus se tromper et ne plus souffrir. On sourit, on s’attache, on espère, et même si le lecteur plus sagace que Jack peut se douter de la fin, il ne boudera pas le plaisir de savourer cette friandise poétique à sa juste valeur. Celle d’un livre léger comme le numéro d’un clown triste, qui fait rire et rêver pour éviter que l’assistance ne s’inquiète trop pour lui. Me voilà définitivement conquise par la prestation de l’auteur, dont j’attendrai dorénavant les prochaines œuvres avec gourmandise.

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