LesgrandespersonnesTous les ans, Albert offre un voyage à sa fille pour son anniversaire. L’été de ses 17 ans, c’est la Suède que Jeanne s’apprête à découvrir en compagnie de son père obsédé par un trésor viking. Mais à l’arrivée, deux femmes occupent déjà la maison louée… 

Par un étrange phénomène, alors que je n’ai jamais le temps de voir ne serait-ce que la moitié des films qui me font envie au cinéma, quand il s’agit de choisir quoi regarder chez moi (je dis bien regarder, et surtout pas télécharger illégalement !), je suis souvent en panne d’inspiration. J’ai donc entrepris une liste, en m’appuyant sur les conseils de mes proches et les filmographies d’acteurs et de réalisateurs que j’apprécie.

En croisant un avis favorable et l’une de mes actrices préférées du moment, je me suis arrêtée sur Les grandes personnes, le premier long-métrage d’Anna Novion. Un film d’été, avec peu d’acteurs, et de magnifiques paysages suédois (la réalisatrice est franco-suédoise), c’était exactement ce qu’il me fallait.

Discrètement sorti en 2008, ce petit film (moins d’une heure trente, c’est déjà une qualité à mes yeux) est la chronique pleine de délicatesse de vacances qui ne se déroulent pas comme prévu. Pour Albert, quadra vieillissant prêt à tout pour protéger sa fille unique et roi de l’organisation, la moindre anicroche est un désastre. Alors trouver deux femmes dans la maison qu’il a louée, pensez-vous ! Mais puisque la propriétaire s’est trompée dans les dates, et qu’en ce début août, elle ne peut trouver de solution de repli avec l’amie qu’elle a invitée, la cohabitation devient une nécessité. S’en suivent quelques scènes amusantes où le pauvre Albert se retrouve nez-à-nez avec l’amie peu farouche (Christine, jouée par Judith Henry – que tous ceux qui ne la connaissent pas se précipitent sur La Discrète), peste contre ses hôtes et joue les chercheurs d’or dans le jardin. Complètement obnubilé par son histoire de trésor viking, le pauvre homme ne se rend pas toujours compte de son ridicule. Et en même temps, il dégage quelque chose de touchant qui attendrit les deux femmes. Dans le jeu de Jean-Pierre Darroussin, comme souvent, il y a de la subtilité, un mélange de rigidité et de faiblesse qui fait de lui un très bon père de cinéma.

Sa fille est incarnée par la ravissante Anaïs Demoustier (envers laquelle mon enthousiasme n’est plus à prouver), toute jeune alors. « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans » dit le poème, mais Jeanne est pourtant fort sérieuse lorsqu’elle écoute les délires vikings de son père, lorsqu’elle contribue à l’apaisement des relations avec Anika et Christine, mais aussi lorsqu’elle rêve du premier amour. Souriante et fraîche mais pas frivole, elle prend très à cœur cet été qui la rapproche de l’âge adulte et du monde des « grandes personnes »… qui finalement sont peut-être moins sérieuses qu’elle. Ce qui se joue sur cette île suédoise, c’est l’apprentissage de la liberté et de la jeunesse, en dépit du comportement de son « papa poule ». Encouragée par Christine, Jeanne découvre peu à peu l’autonomie, commence à dire ce qu’elle veut et à choisir des vêtements moins enfantins. Sous le charme du beau Johan, elle espère vivre sa première histoire sur les plages de Suède. Mais tous les garçons ne sont pas aussi sérieux que la jeune femme au regard « abyssal » – dixit son père, qui doit bien savoir qu’il faut se méfier de l’eau qui dort.

Si vous cherchez un film à regarder avec votre papa, celui-ci est parfait. Il y a dans cette chronique adolescente beaucoup de bons arguments, à commencer par de très bons acteurs, un décor sublime et une jolie lumière. De quoi rappeler tout en douceur qu’il n’est pas toujours facile d’être « une grande personne »…

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