lodysséedepiPiscine Molitor Patel, qui doit son étonnant prénom à un oncle amateur de natation, grandit au sein du parc zoologique de Pondichéry dirigé par son père. Mais celui-ci est contraint à quitter l’Inde pour aller vendre les animaux au Canada. Pi et sa famille embarquent alors sur un cargo avec toutes leurs bêtes… 

Voici un film dont l’affiche m’avait intriguée lors de sa sortie mais que je n’avais pas eu le temps d’aller voir, comme souvent. Il faut dire que je connais mal le cinéma d’Ang Lee. Peu convaincue par son adaptation de Raison et sentiments (à laquelle je préfère mille fois celle de la BBC avec les excellents Hattie Morahan, Dan Stevens, Dominic Cooper, David Morrissey et j’en passe), restée froide face au Secret de Brokeback Mountain, je n’avais aucune raison de me précipiter.

Mais la programmation télévisuelle fait parfois bien les choses. C’est ainsi que j’ai découvert L’Odyssée de Pi, qui aurait sûrement mérité d’être vue sur plus grand écran que celui d’un téléviseur.

En effet, le film a pour lui une photographie éblouissante. Chaque plan ou presque regorge de jeux de lumière, de couleurs chatoyantes, de paysages maritimes époustouflants et d’animaux divers. Dès les premières images du générique, la beauté du film frappe le spectateur, avant même que celui-ci ne soit entré dans l’histoire de Pi.

Racontée par Pi lui-même, que vient rencontrer l’écrivain Yann Martel (auteur du roman L’Histoire de Pi dont le film est issu), l’aventure perd forcément un peu de son suspense : on sait dès le début que le jeune garçon va survivre à tout ce qu’il traversera, puisqu’il est présent pour en témoigner.

Cependant, cela n’entache guère l’intérêt du spectateur pour cette odyssée à peine croyable. Comment un jeune adolescent a-t-il pu survivre avec peu de réserves de nourriture et d’eau, dans un canot perdu en plein Pacifique avec pour seul compagnon le tigre Richard Parker ? Car le film ne manque pas d’invraisemblances, à commencer par le radeau de plus en plus perfectionné que compose le jeune garçon, sans que l’on sache d’où proviennent ses matériaux.

Mais peu à peu, le spectateur entrevoit que l’essentiel est ailleurs. Comme Pi l’expliquera lui-même, il y a toujours plusieurs façons de relater une histoire, plusieurs versions de la réalité, certaines plus concrètes et d’autres plus oniriques. Alors, qui est vraiment Richard Parker ?

Comme dans le livre dont le film est tiré, plusieurs interprétations sont possibles : au lecteur, ou à l’écrivain, de faire travailler son imagination, mais aussi son cœur, pour choisir celle qu’il préfère. On est ici finalement davantage du côté du conte et même de la parabole, car les religions sont à la source du récit, que du film d’aventures. Si l’on n’est pas forcé de s’associer au pari pascalien de Pi, rien n’empêche de suivre avec intérêt son histoire ni d’admirer les extraordinaires images qui valurent quatre Oscars à ce film étonnant.

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