UnpeubeaucoupaveuglementInventeur de casse-têtes, il aime par-dessus tout la tranquillité. Malheureusement, l’appartement mitoyen, très mal isolé, est loué à une jeune pianiste qui prépare un concours important. Entre eux, ça pourrait bien être la guerre… ou pas.

Un peu, beaucoup, aveuglément, rien que le titre me laissait perplexe. L’affiche me laissait présager le genre de comédie française facile que j’évite d’aller voir au cinéma, ce qui ne m’empêche pas de les regarder parfois lorsqu’elles passent à la télé. J’avais en tête Pas son genre ou La Chance de ma vie. Bref, des films agréables mais pas indispensables. J’avais donc tranché : pas de quoi dépenser ses sous au cinéma.

Et puis… à force d’entendre « tu ne vas pas aller voir ce film ? » de la part de proches qui me connaissent bien, j’ai fini par me dire qu’il fallait au moins que je voie la bande-annonce qui leur faisait penser que ce film pourrait me plaire. En quelques images, j’ai compris deux choses : d’une part, ce film promettait d’être exactement ce que j’en pensais, et d’autre part, c’était effectivement un film pour moi.

Le thème de la rencontre amoureuse m’a toujours intéressée, notamment en philosophie. Alors une rencontre sans se voir, mais sans technologie, qu’est-ce que cela peut donner ? De quoi tombe-t-on amoureux ? Peut-on envisager un coup de foudre intellectuel et vocal ? Rien de bien révolutionnaire mais ces questions sont toujours bienvenues dans un film. À condition que leur traitement tienne la route.

Le film de Clovis Cornillac n’explore sans doute pas toutes les possibilités de sa situation de départ, et c’est un peu dommage. S’il n’y avait pas matière à un grand film, l’idée originale de Lilou Fogli (Charlotte dans le film) pouvait sans doute permettre soit un vaudeville plus poussé soit une réflexion plus fine que celle qui se déploie entre les deux personnages principaux au cours d’une conversation dos au mur.

N’empêche que pour une première réalisation, l’acteur habitué des rôles inquiétants s’en tire plutôt pas mal dans un registre comique. Il filme avec tendresse ces deux rétifs à l’engagement enfermés dans un métier-passion qui leur fournit une excuse au désert de leur vie amoureuse. En s’octroyant le rôle de « Machin », il compose un personnage bourru et fragile, misanthrope aigri qui perce peu à peu sa coquille au contact de sa voisine rigide. S’il n’est pas très crédible que la très jolie Mélanie Bernier se décrive sous les traits de sa sœur de peur de déplaire (leur relation manque d’ailleurs d’un peu de fond), elle nous montre néanmoins une facette déjantée que je ne lui connaissais pas.

On passera sur quelques scènes exagérées (la « libération » au piano, les blagues chez Picard, la scène du bar au début) et sur l’aspect complètement prévisible de la scène finale, et on retiendra quelques pépites comme la diatribe de Machin contre les téléphones portables  et l’interprétation revisitée de « RESPECT » dans cette comédie légère et pétillante sur la rencontre amoureuse et les rapports de voisinage.

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