baronne-blixenClara Svendsen est contactée par la production d’« Out of Africa » pour aider Meryl Streep à s’approprier le personnage de Karen Blixen. La secrétaire de l’auteur retourne donc à Mbogani, la ferme africaine de Karen, et se replonge dans ses souvenirs…

Décider de lire ce livre a été en moi l’objet d’un combat farouche entre ma répulsion pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à une biographie et mon intérêt pour le Danemark et tout ce qui s’y rapporte. Ce dernier l’ayant emporté, je me suis plongée avec une certaine appréhension dans le pavé qu’est Baronne Blixen.

La bonne nouvelle, c’est que le livre se lit vraiment comme un roman, grâce à la plume alerte de Dominique de Saint Pern qui nous épargne les lourdeurs biographiques et se met habilement dans la peau des personnages, qu’il s’agisse de Clara ou de Karen. Elle est tour à tour la vieillesse percluse de regrets de Clara, entre vénération et rancœur envers celle qui a puisé le meilleur de l’enthousiasme de sa jeunesse, et la distinction cachant la possessivité et le besoin dévorant d’être aimée de la baronne. Au cœur des paysages africains que les amateurs d’Out of Africa reconnaîtront, sur les planches de New York ou dans la maison familiale danoise, le lecteur avide de détails sur la reine blanche d’Afrique sera servi, sans jamais se sentir abruti d’informations. Le livre se trouve donc à mi-chemin entre la romance et le récit d’aventures. On se croirait un peu chez Alexandre Dumas, et Denys Finch Hatton et Bror Blixen ne dépareraient pas en mousquetaires.

La mauvaise nouvelle, pour moi du moins, c’est que du Danemark, il est finalement fort peu question. Si les paysages d’Afrique sont longuement décrits, de même que le domaine de Mbogani, la maison danoise est comparée à une cage où la conteuse étouffe et seul le parc mérite un peu d’indulgence. Il sera ensuite question d’une propriété où elle trouvera refuge mais dont on sait assez peu de choses. Et surtout, rien sur la vie danoise, ses coutumes, ses villes. Bref, l’aspect documentaire à ce sujet est quasi-nul. Peut-être parce qu’au Danemark comme ailleurs, Karen Blixen avait toujours la tête en Afrique.

Autre reproche que j’aurais à faire au livre, il contient un grand nombre de personnages parmi lesquels il est assez difficile de se retrouver. Ou plutôt, le mouvement tourbillonnant de ceux-ci et le fait qu’ils soient presque tous évoqués dès le début comme si une explication de leurs relations à la baronne avait déjà été délivrée (alors qu’elle ne le sera que plus tard voire beaucoup plus tard) réussit à perdre complètement le lecteur qui en vient à confondre le mari, l’amant, les amis, et à ne plus savoir qui a rencontré qui et comment.

Heureusement, on finit par émerger du tourbillon et réussir à recomposer le puzzle des admirateurs de Karen, au moment où l’auteur abandonne la voix de Clara pour se glisser directement dans la peau de la baronne. Pourtant, j’ai bien aimé le parti-pris de choisir le point de vue de la secrétaire, et ses discussions avec Meryl Streep sont à mes yeux parmi les meilleurs passages du livre.

Bref, une biographie romancée agréable à lire mais qui, je pense, gagne en intérêt lorsqu’on est passionné d’Afrique ou que l’on connaît déjà bien l’œuvre de Karen Blixen ce qui, je l’avoue, n’est pas du tout mon cas. Qu’à cela ne tienne, le livre a eu le grand mérite de me donner envie de m’y plonger…

 

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