CapriceClément, instituteur, admire depuis toujours Alicia, une célèbre actrice. Aussi n’en revient-il pas lorsqu’elle accepte de dîner avec lui et semble s’enticher de sa personne. Entretemps, il ne cesse de croiser Caprice, une apprentie comédienne qui a jeté son dévolu sur lui…

Il y a les films que l’on va voir par hasard, ceux que l’on choisit avec soin, et puis il y a ceux dont on entend parler avant même qu’ils soient tournés et que l’on attend avec impatience pendant deux ans. Caprice était pour moi de ceux-là. Autant le dire tout net, pour ceux qui l’ignoreraient encore : je suis une fan inconditionnelle des films d’Emmanuel Mouret.

J’avais donc des attentes très élevées pour ce nouveau long-métrage marquant le retour du réalisateur à son genre de prédilection, la comédie romantico-burlesque. D’autant plus que le casting est quatre étoiles. Exit l’ingénue Frédérique Bel, cette fois-ci ce sont Virginie Efira et Anaïs Demoustier qui se partagent l’affiche, secondées par un Laurent Stocker toujours subtil et Emmanuel Mouret himself, égal à lui-même pour mon plus grand plaisir. Emprunté et intimidé par les femmes, son personnage de Pierrot gentleman est toujours aussi sympathique, et l’on prend plaisir à suivre l’imbroglio sentimental dans lequel il se retrouve empêtré. Autour de lui, les deux actrices rivalisent de charme pour le séduire. Il émane d’Anaïs Demoustier, devenue rousse pour l’occasion, une sensualité piquante et malicieuse. Face à elle, la blonde Virginie Efira a bien affiné son jeu depuis ses premiers rôles : jouant moins sur le comique que sur la réserve, elle dégage ici une séduction sage et sincère qui rappelle l’élégante Julie Gayet dans Un baiser s’il vous plaît, mon film préféré.

C’est d’ailleurs certainement à cette pépite de la filmographie de monsieur Mouret que l’on pourra comparer Caprice, qui en hérite l’atmosphère chic des appartements bourgeois et l’idée que le bonheur des uns naît nécessairement du malheur des autres. On reconnaîtra aussi dans la scène où Anaïs Demoustier demande à l’instituteur « juste un baiser, ça me ferait plaisir », une jolie allusion à celle où Michael Cohen (présent comme en clin d’œil) réclamait la même aumône à Julie Gayet. Bref, j’ai adoré retrouver cet humour qui mêle les gags visuels à la finesse, cet érotisme dénué de toute vulgarité, ce tempo si bien géré et ces dialogues « à la Rohmer » qui font la richesse des meilleures comédies françaises.

Qu’on ne s’y trompe pas, Caprice est de celles-là : on y rit, beaucoup, pour peu que l’on soit client de ce type d’humour. Mais on s’attache aussi aux personnages, on se laisse porter par leurs (més)aventures, et par un certain suspense. Qui tirera son épingle de ce jeu amoureux ? Qui vit dans la réalité, et qui dans l’illusion ? Mine de rien, le réalisateur touche ici à de nouveaux thèmes : la confrontation de deux milieux sociaux différents, la volonté de réaliser ses fantasmes, et l’obsession amoureuse. Par un habile jeu de miroirs entre les relations qui unissent les différents personnages, Mouret sème le trouble dans l’esprit du spectateur. Et si finalement la tragédie couvait sous la légèreté ?

Il y a décidément beaucoup d’intelligence et de sensibilité chez cet homme-là, ainsi que chez ses partenaires de jeu, tous à leur meilleur niveau. Ce long-métrage est aussi l’occasion de plans esthétiquement léchés, tels que la pièce contemporaine dans laquelle joue Caprice et la jolie scène devant l’aquarium.

Bref, malgré la barre très haute de mes attentes, ce film a réussi à m’enchanter! Alors n’attendez pas, courez vous régaler de cette petite fantaisie savoureuse comme un bonbon qui pétille !

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