Big EyesMargaret quitte son mari avec sa petite Jane et commence à faire le portrait des enfants sur les marchés. Un jour, Walter Keane, peintre de scènes de rues parisiennes, remarque ses enfants aux yeux immenses et la persuade que leurs destins artistiques sont liés…

Je ne suis pas une grande spécialiste de Tim Burton, loin s’en faut (je n’ai même pas vu Edward aux mains d’argent, honte à moi !), mais j’ai toujours bien aimé son univers gothique, particulièrement dans ses films d’animation. Plutôt emballée par Dark Shadows, sa comédie de vampires parodique, j’étais fermement décidée à aller voir son prochain opus.

J’ai mis longtemps à comprendre que Big Eyes serait un film sur la peinture, plus encore à découvrir qu’il s’agissait d’un biopic. Un biopic ? Tim Burton ? Je n’aurais jamais imaginé le réalisateur se frottant à ce genre que j’apprécie peu. Mais puisque le rôle principal était confié à Amy Adams, dont je suis la carrière depuis sa prestation en princesse naïve dans Enchanted (alias Il était une fois, l’un de mes films Disney préférés), il fallait bien que j’aille voir de plus près.

Je reste un peu mitigée par le résultat. L’histoire de cette escroquerie artistique peu connue méritait sans doute d’être révélée, et le choix des acteurs est judicieux car chacun tient à merveille son rôle, jusqu’à la jeune Madeleine Arthur (Jane adolescente), pas dupe du mensonge dans lequel est emprisonnée sa mère. À travers le portrait de Margaret, le film dresse le constat amer d’une société où nul n’accordait de crédit aux femmes comme artistes ou comme travailleuses, et où il était très dur de survivre en tant que mère célibataire. Des contraintes liées à l’époque qui expliquent sans doute en partie le traquenard dans lequel est tombé la naïve Margaret. C’est aussi le processus de création artistique des « Big Eyes », ces enfants malheureux aux yeux démesurés, qui est révélé : Margaret se nourrit de sa souffrance pour créer. Orphelins de leur vraie créatrice, les « Big Eyes » conservent une mine sombre que Walter a bien du mal à justifier avec sa verve souriante. Au point que l’on s’étonne que la supercherie ait fonctionné aussi longtemps.

Enfin, le film donne un aperçu du monde de la peinture, des querelles de chapelle entre critiques, et de la démocratisation de l’accès à l’art par le biais des reproductions. Big Eyes, c’est un peu la théorie de Walter Benjamin (L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique) portée à l’écran, et certainement une pique burtonienne à l’égard de la société de consommation et d’entertainment.

Cependant, à mes yeux, le film manque un peu de piquant, de suspense ou d’action. Hormis une scène où Christoph Waltz se montre particulièrement inquiétant et le procès final, le reste est plutôt sans surprise et un peu long. C’est à mon avis un des problèmes du biopic : la vraie vie contient des longueurs qu’une pure fiction s’épargne en général.

Mais surtout, le principal reproche que j’aurais à faire au film, c’est que je n’y ai que peu vu la patte du réalisateur. En effet, si les tableaux de Margaret Keane pouvaient se rapprocher de l’univers de Burton, celui-ci n’exploite les « grands yeux » que dans une scène de supermarché somme toute inutile au développement de l’intrigue. Impossible de raccrocher la touche de folie sombre du réalisateur et la linéarité de l’histoire vraie. En résulte un film qui n’est certes pas mauvais, mais qui aurait pu être réalisé par n’importe qui d’autre que l’auteur de L’Étrange Noël de Monsieur Jack. Je ne peux donc qu’espérer qu’un prochain opus le verra retrouver son terrain de prédilection.

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