birdmanRiggan Thomson a été l’acteur vedette d’un film de super-héros dans sa jeunesse. Sur le déclin, il décide de mettre ses dernières économies dans l’adaptation théâtrale d’une œuvre de Raymond Carver. Mais personne ne semble avoir envie de le voir réussir…

Cela n’aura échappé à personne, Birdman a été le film star de ce début d’année 2015. Nominé partout, grand vainqueur des Oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleure photographie), mais aussi des Golden Globes pour son acteur principal, Michael Keaton, le nouvel ovni d’Alejandro Gonzalez Iñárritu a beaucoup fait parler de lui.

Pour ma part je n’étais pas tellement convaincue par le sujet du film jusqu’à ce que je voie la bande-annonce, qui laissait présager quelque chose de tellement bizarre que j’ai décidé d’aller voir de plus près de quoi il retournait (il faut croire que je suis dans ma période « films bizarres », après The Voices).

Bien m’en a pris, car le film est effectivement très original. Comme on peut l’apercevoir dans la bande-annonce, il recèle des effets vraiment impressionnants visuellement. Dès la première scène, qui montre Riggan en lévitation dans sa loge, on comprend que l’acteur n’est pas vraiment comme tout le monde : il entend régulièrement la voix de Birdman, le super-héros qu’il a incarné à l’écran des années plus tôt, qui le conseille (pas toujours bien) dans ses choix et l’incite à avoir confiance en lui (ou pas). La scène où Birdman apparaît est très réussie, de même que celle où Riggan se retrouve à virevolter dans les airs autour du théâtre. Mais surtout, tout le film est monté comme un gigantesque plan-séquence, avec une caméra suivant les déplacements des personnages dans leur dos. C’est original, et bien que je ne sois pas très friande des effets, je trouve qu’ici cela fonctionne très bien.

Au-delà de l’aspect visuel très réussi, le réalisateur mexicain a composé un très joli casting dans cette fable contemporaine. Michael Keaton donne de sa personne dans presque tous les plans, Edward Norton est délicieusement détestable et j’ai adoré Emma Stone en fille paumée d’un père peu présent. Ses scènes sont de loin celles que j’ai préférées, en particulier celle avec le rouleau de papier toilette !

Mais le film possède une dimension supplémentaire, qui n’était malheureusement pas très perceptible dans la bande-annonce et qui aurait pu me faire passer à côté de ce long-métrage réussi : une réflexion sur les étiquettes que la société colle aux gens et dont il est terriblement difficile de se débarrasser. Considéré comme « Birdman » même plus de dix ans après ses films, le pauvre Riggan doit lutter dans ses projets contre l’image que lui renvoient aussi bien ses proches que la critique. Tous considèrent que son projet d’adaptation de Carver est une lubie et qu’il ne peut pas avoir le talent nécessaire pour le mener à bien. Pour faire parler de sa pièce, Riggan ne peut compter que sur le buzz qu’il déclenche malgré lui dans une scène à la fois drôle et pathétique. Jusqu’au faut-il aller pour prouver que l’on n’est pas que ce que le monde veut bien voir de nous ? La plongée dans les coulisses de la pièce permet à tous les spectateurs de se poser cette question cruciale. C’est sans doute pour ces interrogations fondamentales, plus encore que pour son esthétique soignée, que Birdman a mérité d’être récompensé.

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