The VoicesJerry travaille au packaging dans une entreprise de baignoires. Une réussite pour ce jeune homme qui cache un lourd secret : il partage son appartement avec deux colocataires particuliers, Bosco et Monsieur Moustache, un chien et un chat avec lesquels il entretient des conversations éthiques perpétuelles.

Lorsque j’ai vu la bande-annonce de The Voices j’ai d’abord trouvé que le film avait l’air amusant. Des animaux qui parlent, c’est toujours le gage d’une comédie légère et familiale, n’est-ce pas ? Sauf que très vite, la comédie se révèle un vrai film d’horreur, psychopathe et hémoglobine inclus. Un mélange peu commun qui a titillé ma curiosité.

Pourtant, je suis rétive à tout ce qui fait peur au cinéma, et je ne supporte le sang que dans The Walking Dead (je me demande encore comment je fais pour regarder cette série d’ailleurs, vu tout le sang qui y est versé). Mais la combinaison Gemma Arterton-Anna Kendrick a achevé de me persuader que je devais voir ce film. J’ai adoré la première dans Tamara Drewe (un peu moins dans Gemma Bovery) et la seconde dans In the air, deux films dont je ne me lasse pas. Les retrouver ensemble aux côtés d’un Ryan Reynolds à contre-emploi me paraissait donc intéressant.

Et puis, je dois avouer que je n’ai vu aucune des œuvres de Marjane Satrapi, ce fut donc l’occasion parfaite de me rattraper. Cela dit, je ne sais pas si je récidiverai.

En effet, le film est pour le moins déroutant. La première réflexion que je me suis faite en sortant de la séance fut : de quel cerveau malade un tel scénario a-t-il bien pu jaillir ? Pas de celui de la réalisatrice de Persépolis en réalité, car The Voices faisait partie d’une liste de scénarii réputés impossibles à réaliser dans tout Hollywood. Mais impossible n’est pas Satrapi. Fascinée par les personnages de détraqués, la réalisatrice s’est attelée à la tâche avec une certaine réussite, il faut bien l’avouer. Elle impose dans chaque plan ou presque une esthétique pop et kitsch où l’écran vomit une alternance de couleurs criardes et d’ambiances glauques. L’uniforme rose des employés de l’entreprise de baignoires donne le ton dès les premières minutes, et le générique de fin renoue avec l’ambiance acidulée et musicale qui règne dans de nombreuses scènes. Les effets sont très soignés, des animaux parlants aux flash-backs en passant par les visions de Jerry (papillons et effluves rosés autour de la sexy Fiona).

Si la forme est léchée, le fond n’en est pas moins difficilement soutenable. Et le pire, c’est qu’au milieu de cette accumulation d’horreurs, le film réussit à nous faire rire par instants ! De quoi mettre le spectateur mal à l’aise, mais aussi l’interroger sur des questions essentielles : le monde tel qu’il est vaut-il la peine d’être vécu ? Ne vaut-il pas mieux comme Jerry s’en faire une vision améliorée, colorée et délirante ? Où est la limite entre folie douce et folie dangereuse ? Et si en chacun de nous sommeillait un petit Monsieur Moustache ?

Bref un film délirant, à éviter de regarder avant d’aller dormir pour les petites natures comme moi, mais à voir quand même comme une curiosité cinématographique.

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