rêvegénéralLouis, Edmond, Céleste et Lucien n’ont rien en commun, si ce n’est qu’un beau jour, ils ne se lèvent pas du même pied que d’habitude, mais d’une humeur particulière, rêveuse, absente au quotidien. Ils pensent à leur vie et décident de la prendre en main, qu’elle qu’en soit l’issue… 

Le premier roman de Nathalie Peyrebonne date de 2013 et pourtant, les thématiques qu’il aborde restent entièrement d’actualité aujourd’hui. Comme une fatigue générale, un ras-le-bol, proche de ce que les médecins diagnostiquent comme un « burn-out ». L’histoire de Louis, Edmond, Céleste et Lucien rappelle un peu le parcours d’Alice dans Samba : c’est le jour où quelqu’un qui a toujours vécu dans un système capitaliste fondé sur le rendement et le profit décide qu’il ne veut plus, ne peut plus en être.

Il en faut de la force et du courage pour s’élever contre la marche générale du monde, pour oser dire non. Mais pour les personnages de Nathalie Peyrebonne, il n’y aura ni cris, ni violence, ou si peu, rien qu’une assiette pleine de crème fouettée sur la tête du dirigeant d’un des principaux partis politiques. Comme une farce, une blague de clown. C’est pour rire, pour de faux. Il n’y aura pas de lutte armée, pas de têtes coupées. Cette Révolution-là ne descend pas hurler son mécontentement dans la rue, elle fait bien plus efficace : une grève générale. Sans préavis, sans revendication, d’un commun accord tacite, la population cesse de suivre les instructions d’un Président hâbleur qui érige le travail en valeur suprême, mais un travail dur, harassant, mal payé. Et alors ? C’est la crise mes amis, nous n’en sortirons que par le sacrifice, « le sang, le labeur, les larmes et la sueur », pour pasticher Churchill. Un Président qui rappelle à n’en pas douter Nicolas Sarkozy, avec ses tics et sa mise en avant du slogan « travailler plus pour gagner plus ».

La réalité des faits a conduit à l’avènement au pouvoir d’une gauche qui a depuis déçu. Le roman propose une autre réalité, qui aurait sans doute pu advenir si tous prenaient ne serait-ce qu’un instant pour affronter la peur de découvrir que leur vie les déçoit. C’est ce que font les personnages de Nathalie Peyrebonne, ces héros du quotidien dont le fil des pensées est admirablement décrit, permettant de nous faire saisir leur absolue normalité. Qu’ils soient Premier Ministre ou conductrice de métro, que leur passion soit l’écriture, la cuisine ou les arts martiaux, ces gens sont des quidams comme nous le sommes tous. Ni plus intelligents que la moyenne, ni plus riches, ni plus beaux, ni même plus attachants, divers et pourtant si semblables en ce qu’ils sont tous humains, Français, et déçus. Déçus d’une vie si linéaire, d’un quotidien désenchanté et d’un discours si moralisateur et peu enthousiasmant.

Nathalie Peyrebonne imagine une douce utopie où le changement naîtrait d’une rébellion passive, d’un renoncement calme et spontané au marathon quotidien. À l’instar du Premier ministre qui souhaite juste paresser un peu au lit, les personnages n’ont pas conscience du raz-de-marée auquel ils participent. Ils soulèvent l’air de rien des questions fondamentales, et rappellent qu’une unité nationale joyeuse est possible.

Un roman qui fait du bien, et qui donne de l’espoir. Si seulement nous étions tous de doux rêveurs…

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