Noël en févrierCamille entre en seconde arts appliqués, une section qu’elle a choisie dans l’espoir de rencontrer des artistes avec qui fonder un groupe de rock. Le premier jour, elle tombe amoureuse de Mathieu. Mais il décide de changer de lycée sans qu’elle ait réussi à lui parler…

Quelle jolie couverture pour le premier roman de Sylvia Hansel ! Du gris, de la pluie, un regard de chien battu, on comprend vite que l’adolescente de Noël en février n’est pas à la fête. Une mélancolie qui m’a séduite, car l’adolescence reste à mes yeux une période fascinante, pour peu qu’on veuille bien la traiter avec sérieux et en évitant les poncifs qui parsèment bon nombre de livres et de films sur ce sujet.

Disons-le d’emblée : Sylvia Hansel ne les évite pas tous. Les jeunes qu’elle met en scène n’ont pas d’autre préoccupation, semble-t-il, que les relations sociales et notamment celles impliquant le sexe opposé, et leurs seules distractions semblent être de boire et de fumer ou de regarder des navets à la télé. Difficile donc pour moi de me reconnaître dans ce portrait.

Cependant, le contexte particulier du livre permet de comprendre ces éléments et d’envisager qu’ils puissent être non seulement des clichés mais bien des réalités dans la Seine-et-Marne des années 1990. Car oui, Noël en février débute en 1996, 10 ans avant que pour ma part je mette un pied dans une cour de lycée. Aucun détail n’est négligé pour faire revivre cette époque : alors que les tout premiers téléphones portables font leur apparition, la plupart des jeunes communiquent encore via le fixe de leurs parents, ou s’écrivent des lettres, à défaut d’internet. Les distances géographiques paraissent donc plus importantes qu’aujourd’hui. Mais c’est aussi tout un esprit, celui d’un rock déjà vieux que l’on écoute sur des walkmans à pile, de tee-shirts à l’effigie de Courtney Love et de la France championne du monde de foot, qui ressuscite à travers les pages.

Camille est donc bien de son temps, et pourtant, malgré les différences avec nous, et plus encore avec la génération suivante, elle peut parler à tous. Car ce qu’elle traverse est universel : la fin de l’enfance, la volonté de grandir vite, d’échapper à un cocon familial devenu pesant, où personne ne semble l’écouter et encore moins la comprendre. Le déchirement entre des rêves plus gros que le ventre et la monotonie du quotidien, le désir d’aimer et d’être aimée plus fort que tout, les premières déceptions et les égarements qui s’ensuivent.

Qui n’a pas rêvé que ce mec sublime vous écrive « je t’aime » ? Qui n’a pas tremblé juste avant le premier baiser ? Mais le romantisme mi-naïf mi-cynique qui m’a enchantée au début du roman, me faisant rire grâce au ton si franc de la jeune fille et me rappelant ma propre adolescence, cède peu à peu le pas à une atmosphère bien plus sombre et à des situations autrement délicates voire dramatiques. Perdant toute estime d’elle-même, Camille fréquente des gens inintéressants, et même dangereux, et y perd son innocence.

Si l’auteur a voulu instiller à la fin un message d’espoir, quatre ans après le début de l’histoire, je suis pour ma part restée sur une note amère, celle d’un constat d’échec, celui de ces années réputées les plus dures mais aussi les plus belles, et qui ne ressemblent, dans le souvenir de Camille, qu’à un immense gâchis.

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