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hard de vivreUne soirée adolescente. Pop et sa meilleure amie Bethsabée, Thomas, son coloc Henri et son cousin Johannes, Sophie qui dans la cuisine, regarde cette fille à la perruque arc-en-ciel sniffer de la drogue. Soudain, la fille s’écroule, morte d’overdose…

« Une nuit, une heure, une seconde de bonheur, comme toutes ces pilules que t’avales… » Pendant la lecture de Hard de vivre, j’ai eu en boucle dans la tête ces paroles de la chanson de Zazie qui évoque la déchéance d’un jeune d’aujourd’hui, notamment à travers la drogue. Les expériences des adolescents avec toutes les substances illicites vendues comme une part de rêve, et les dangers qui les guettent, sont au cœur du troisième roman de Carmen Bramly.

Un thème qui au premier abord ne m’aurait pas forcément attirée. Ce qui m’a intriguée, c’est plutôt qu’une jeune femme de dix-neuf ans publie déjà son troisième roman. Les mauvaises langues diront que tout est plus facile quand on a déjà deux parents écrivains. Je me méfie de ce genre de raccourcis. Car il y a dans la plume de Carmen Bramly un mélange de poésie et de fougue, d’espièglerie et de gravité, qui sied parfaitement à son sujet.

Ce qui m’a donné envie de lire ce roman, c’est avant tout une image, très forte : celle de la jeune morte à la perruque arc-en-ciel. Ce passage brutal de la fête au drame, de la folie enfantine à la défonce des âmes perdues, résume assez bien les années adolescentes. Certes, la drogue est un sujet très présent dans le livre, en particulier au travers du personnage de Bethsabée et des listes infinies d’initiales mystérieuses qu’elle ingurgite pour avoir la sensation d’exister. Mais au-delà de l’artifice chimique, c’est le même trouble qui anime tous les personnages, le même paradoxe entre une faim de vie qui leur tord les entrailles et une mélancolie puissamment enracinée, presque un dégoût. Qu’attendre de l’existence ?

Le tourment semble plus ou moins justifié selon les personnages. Certains, comme Thomas et Henri, ne sont qu’esquissés, silhouettes qui intéressent surtout pour leur relation, qui n’est finalement à peine plus qu’un stéréotype d’une galerie de portraits d’adolescents actuels. D’autres intriguent par leur vécu apparemment lisse, tel Johannes, qui semble sorti d’une romance pour midinettes, avec ses yeux bleus, ses conversations intelligentes et son physique de nageur. On suit essentiellement Sophie, la benjamine, petite fille dans un corps de femme qui n’a pas encore appris que l’amour ne peut pas éternellement être un jeu.

Mais le personnage qui selon moi fait toute la valeur de ce livre, c’est Pop, le fils de concierges portugais. Sa rage de s’en sortir par son seul talent, sa haine rentrée envers ce que sa naissance a fait de lui, sa jalousie inavouée envers son meilleur ami, en font le plus écorché et le plus attachant de la bande. Surtout, Pop écrit des romans, et je ne pouvais qu’être séduite par l’idée que cette évasion-là remplace avantageusement l’autre, la chimique, la funeste.

Après cette lecture prenante, malgré les défauts des protagonistes qui les rendent parfois agaçants, je serais curieuse de voir Carmen Bramly confronter son style à des personnages plus adultes. L’autodérision dont elle fait preuve en se mettant en scène comme une figurante décalée me laisse penser qu’il y a encore beaucoup à attendre de cette jeune romancière.

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