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CVT_UNE-PLAGE-AU-POLE-NORD_3667Pierre Lacaze, dessinateur de BD, reçoit un jour une lettre de Françoise Vitelli, qui a retrouvé sa trace à partir d’un appareil photo égaré. Se doutant que l’objet appartient à son ami Jean-Claude, Pierre le met en contact avec la retraitée, sans se douter de la relation qui va se tisser entre eux…

Vous l’aurez sans doute compris avec ce bref résumé : si vous cherchez un livre d’aventure et de dépaysement qui vous fasse découvrir des paysages inédits, telle que cette fameuse « plage au pôle Nord », ce livre… n’est pas pour vous. En effet, point d’Arctique ni de banc de sable sous la plume d’Arnaud Dudek. J’ai dû mettre la moitié du livre à comprendre de quoi il retournait réellement. Je vous donne donc la solution, histoire que vous ne vous creusiez pas la tête comme moi : « une plage au pôle Nord » est la métaphore de la relation qui unit Jean-Claude, chômeur divorcé, et Françoise, retraitée veuve.

Énoncé de la sorte, le tableau n’est pas franchement folichon. Certes, Arnaud Dudek n’élude pas les difficultés de l’existence, bien au contraire. Il les remarque, les pointe du doigt, les effleure parfois et d’autres fois y plonge, à deux mains dans la noirceur d’une vie vide de sens, quand la femme que l’on aimait est partie, que l’enfant n’éclaire qu’un week-end sur deux et qu’il n’y a plus de raison de se lever le matin. Pour autant, jamais le récit ne s’aventure sur le terrain du drame. C’est la vie, semble dire Françoise Vitelli, de tout son être. Quels que soient les malheurs qui nous atteignent, on s’en remet toujours au moins assez pour continuer à exister.

Pourtant, le sentiment qui ressort de la lecture de ce roman facétieux n’est ni la nostalgie, ni la résignation, mais plutôt un élan d’énergie. Dès les premières phrases, le lecteur est embarqué, à la suite d’un narrateur souriant, qui ne cessera de lui rappeler qu’il est plongé dans une fiction, une fable, un conte peut-être, malgré le réalisme de certains faits évoqués. Tel un Tristram Shandy moderne, le narrateur facétieux repousse les révélations par des digressions inattendues et nous fait rencontrer une galerie de personnages truculents. Non, nous n’irons pas sur la banquise, mais la plume d’Arnaud Dudek nous emmène ailleurs, dans un monde un peu décalé, où l’on croise un couple de prestidigitateurs à la retraite, et des Italiens sortis d’un remake un peu cheap du Parrain. On se croirait presque chez Romain Puértolas, pas tellement celui du Fakir, mais plutôt du côté de La Petite fille, lorsque la plume se fait un peu acide, et l’humour le masque de la douleur.

Jean-Claude et Pierre, son acolyte que j’ai regretté de ne pas voir davantage évoluer, puisqu’il passe rapidement au second plan, nous emmènent dans leur valse de clowns blancs. J’ai été déroutée, parfois, par les chemins que l’histoire emprunte, et je me suis par moments un peu égarée, mais c’est sans doute une partie du charme de ce livre. Au final, pas de morale bien claire, pas de happy end revigorant, ni de pirouette audacieuse. Juste la sensation d’un nouveau départ, et le renouveau d’une amitié masculine solide malgré les aléas de la vie. Comme s’il avait fallu toutes ces digressions et ces péripéties, toutes ces métaphores et ces rencontres, pour que la littérature s’efface, que le narrateur se taise, et que l’auteur nous donne à voir la vérité de ses personnages, incarnés dans le dialogue, enfin réels.

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