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la-gaieteLouise a toujours eu tendance à la mélancolie, à tout le moins, voire à la dépression. À la naissance de ses enfants, elle décide de devenir gaie pour ne pas leur transmettre le lourd passé familial qui la hante.

Je n’avais jamais rien lu de Justine Lévy, la fille de BHL, connue depuis son deuxième livre, Rien de grave, dans lequel elle racontait comment Carla Bruni lui avait piqué Raphaël Enthoven. Il faut dire que les autobiographies, même romancées, ce n’est pas ce que je préfère en littérature.

Pourtant, j’avais beaucoup aimé le film Mauvaise fille, adapté du troisième roman de Justine Lévy. J’avais surtout trouvé Izia Higelin et Carole Bouquet particulièrement touchantes. Une émotion que je comptais retrouver à la lecture de La Gaieté, dont le titre collant mal à l’image que je me faisais de l’auteur m’avait intriguée.

Pour le feel-good book que le titre laissait présager, on repassera. Car de gai, le livre n’a presque que le nom. Quelques fulgurances, aussi, des scènes évoquant l’amour pour ses enfants, leur vivacité, leurs folies (notamment leur façon de sauter sur les lits) mais aussi l’attachement à un père protecteur malgré ses absences et ses maîtresses toutes aussi détestables les unes que les autres. Une chose est sûre : ce roman aurait de quoi réconcilier avec BHL les allergiques au philosophe.

De l’auteur, on a envie de dire « pauvre petite fille riche ». Fille d’un père brillant qui l’adore et déploie son amour comme un bouclier autant qu’un étendard, et aurait pu lui transmettre toute la confiance qu’il plaçait en elle, la petite Louise, double littéraire de l’auteur, semble avoir surtout retenu de son passé ce qui clochait : sa relation inversée avec une mère moins mature qu’elle, qui se donnait en spectacle ivre ou défoncée à son enfant. En résultent des scènes parfois violentes, dérangeantes, et répétitives. Ensuite, il y eut les belles-mères, l’ex, et l’ex de l’ex… Et puis les médicaments, l’alcool, tout ce qui aidait à oublier. Et puis Pablo, l’amoureux joyeux et solide, et puis les enfants, vifs et exaspérants comme peuvent l’être tous les enfants. Les angoisses existentielles auraient dû s’évanouir. Mais non. Au terme de longues énumérations dont le sens m’échappa parfois, de sauts dans le temps qui m’ont perdue souvent dans la chronologie des faits, ce qui ressort, ce n’est pas la gaieté mais l’angoisse. La peur étouffe la narratrice : peur que son père ne soit plus là pour la protéger, que ses enfants manquent ou souffrent de quelque chose, qu’elle ne soit pas une bonne mère pour eux, que la tristesse revienne la submerger.

Dès lors, la gaieté prônée par le titre semble un peu factice, et le roman une sorte de thérapie psychanalytique visant à exhumer un souvenir premier, censé peut-être faire venir enfin la paix. Par moments le lecteur appréciera la description de tranches de vie bien croquées et la pointe d’ironie tenace de l’auteur. Le reste du temps, il aura juste envie de refermer le livre avant de se laisser contaminer par son pessimisme récurrent.

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